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Rendez-vous Action Consommation prochainement à Paris

> Espace presse > Articles publiés > 04/2011 - Décroissance ou barbarie : S’informer, informer, penser, parler, agir
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04/2011 - Décroissance ou barbarie : S’informer, informer, penser, parler, agir

Que faire ?
... face à l’effondrement environnemental

S’informer, informer, penser, parler, agir

par Véronique Gallais[ [1]
article publié dans
«  Décroissance ou barbarie  » (ouvrage collectif), Parangon, 2011
à l’occasion du 3e Contre-Grenelle à Vaux-en-Velin le 02/04/2011

Consommer et penser autrement (et inversement)

Le consommationnisme [2] , nous le savons, est une véritable idéologie qui constitue le moteur de l’économie moderne et souvent de notre imaginaire : produire et consommer toujours plus, marchandiser (vendre et acheter) ce qui était jadis auto-produit et consommé et/ou échangé entre soi, célébrer les produits nouveaux et innovants, incluant toujours davantage de technologies et de services dans les produits proposés à la vente, et incitant à acheter et renouveler toujours davantage, en suscitant de nouveaux besoins.

Nous savons que le marketing [3] exacerbe les désirs, fabrique les besoins du consommateur et organise l’obsolescence des produits, conditionnant une surconsommation phénoménale et inégalitaire ainsi qu’une marchandisation accrue (avec l’intégration de services autrefois auto-produits). La majorité des politiques et des industriels, notamment les grosses multinationales soutiennent cette vision de l’économie et de la société au nom de la croissance, pourtant aujourd’hui relativement déconnectée du bien-être pour tous.

Il est urgent de s’affranchir du consommationnisme, ce mode de pensée encore dominant. Il s’agit certes de s’émanciper des rapports de domination économique et politique mais aussi des conditionnements idéologiques, pour (re)construire des liens de confiance et de coopération, et de prendre sa part dans l’organisation et le fonctionnement des structures et réseaux de gestion de la production et des échanges.

Un des freins à changer ses comportements et à consommer autrement est la conviction que cela revient plus cher. Mais, en réalité, avec un changement d’organisation et l’évolution des besoins, le budget global s’équilibre différemment. Souvent, il ne s’agit pas simplement de remplacer un produit par un autre. Ce que l’on achète plus cher pour rémunérer correctement le travail ou intégrer le coût environnemental sera compensé par une baisse des achats et par des choix différents : manger moins de viande mais des végétaux de meilleure qualité sanitaire et environnementale, éviter les renouvellements technologiques incessants, limiter les nouveaux objets et équipements, produire et échanger gratuitement plutôt que payer et se faire payer… Des décisions politiques peuvent également être prises pour faciliter ou permettre la transition.

Cela soulève bien évidemment un certain nombre de questions qu’il nous appartient collectivement de résoudre, comme la reconversion inéluctable de certains emplois, l’évolution des formations, etc. De telles évolutions sont déjà engagées dans certains domaines. Beaucoup reste encore à inventer.

Aux contempteurs de la décroissance et autres effrayés des conséquences économiques d’une baisse de la consommation et de la croissance, nous répondons que les enjeux pour l’humanité et la vie sur Terre sont tels que nous n’avons d’autre choix que remettre en cause collectivement nos modes de vie et de consommation, et le modèle que nous offrons aux plus démunis. Pour assurer notre qualité de vie, celle de nos congénères sur cette planète et celle de nos enfants. A l’espèce humaine de trouver des solutions à ses propres excès et d’inventer de nouveaux rêves pour trouver le bonheur ailleurs que dans l’illusoire paradis de l’abondance matérielle !

-Evacuer le diktat du libéralisme

Le marché libre et parfait n’existe pas. Franck Cochoy l’a très bien montré dans son ouvrage « L’histoire du marketing » : avec la croissance des entreprises et une plus grande homogénéisation des produits ainsi que l’extension de la fluidité et de la transparence, l’atomicité des acteurs tend à disparaître. Ainsi, la réalisation de l’une des conditions nécessaires à l’effectivité du marché (essentiellement l’atomicité des acteurs, l’homogénéité du produit et une information parfaite, la propriété privée et la liberté d’entreprendre étant par ailleurs instituées politiquement pour assurer la libre concurrence) se solde souvent par l’impossible activation des autres [4]. Discipliner le marché est chose bien ardue. Possible ?

Nous ne sommes pas libres, mais conditionnés à penser que nous le sommes et que « le client est roi », donc que nous sommes puissants individuellement.

En 2000, François Ewald, idéologue du Medef, écrivait « Les entrepreneurs ne gagneront la bataille morale qui travaille la société que s’ils parviennent, sans mauvaise conscience, à faire des valeurs de l’entreprise des valeurs partagées [5] ». Aujourd’hui, le pari est gagné : les valeurs de l’entreprise ont envahi nos vies. Jusque dans le travail, lieu suprême de l’incohérence, summum de ce système mortifère, où le salarié et quelquefois actionnaire de la même entreprise ou bien l’autoentrepreneur, anciennement salarié [6], œuvre lui-même à sa propre soumission et à son exploitation : il intériorise la pression sociétale à tel point que certains en arrivent au suicide, insatisfaits ou dans la crainte de ne pas être à la hauteur des défis toujours plus grands. Mais que signifie en réalité la liberté dans notre civilisation, dans les règles de notre société ? Les marchandises peuvent circuler librement, c-à-d. nous nous donnons le droit de faire circuler librement toutes les formes de marchandises, et de services (de plus en plus avec les travailleurs qui vont avec, tandis que les humains, eux, ne sont pas libres de voyager de leur propre chef, ou seulement certains : les Français n’ont pas besoin de visa pour aller dans de nombreux pays mais les Africains par exemple ne peuvent venir librement en France. Pourtant, l’être humain s’est développé au fil des siècles et millénaires en changeant d’habitat quand ce dernier ne lui permettait plus de survivre ou de vivre agréablement.

Les entreprises sont libres de s’installer où elles l’entendent, vendant ici, assemblant là et produisant ou exploitant les ressources encore ailleurs, où les coûts et les réglementations sont les moins contraignants, aux plans environnemental comme social. Ceci tout en manipulant leurs prix de cession internes et en profitant des avantages et autres « paradis fiscaux » pour échapper à l’impôt. Assurément, le paradis et la liberté ne sont pas assurés pour tous.

On pourrait ici reprendre la célèbre phrase d’Orwell dans sa fable animalière, satire de la révolution russe et du totalitarisme soviétique [7], « Tous les animaux sont égaux mais certains sont plus égaux que d’autres ».

« Nous avons besoin que les gens pensent » [8]

La problématique est complexe et les enjeux sont phénoménaux, on ne peut le nier. Mais est-ce en laissant libre cours aux véritables cartels, dirigés par ceux qui se partagent l’essentiel des richesses financières et matérielles, et à leurs lobbies qui grangrènent littéralement nos organes d’évaluation des risques, nos réglementations et nos institutions (comme l’illustre à merveille, entre autres, le dossier de l’irradiation des aliments [9]) que l’on apportera une réponse aux enjeux auxquels nous sommes confrontés ? Ces enjeux nous tenaillent et chacun-e sent que l’étau se resserre, au plan local comme planétaire, dans la sphère collective comme dans la sphère intime.

L’utilitarisme et l’économisme qui nous gouvernent si souvent sur fond d’individualisme, dans nos comportements collectifs comme personnels, mènent l’humanité à sa perte et détruit notre environnement, lentement mais sûrement.

Sauver la planète ? On nous exhorte à faire des gestes pour la préserver mais elle n’a pas besoin de nous ni du vivant en général pour continuer à tourner sur son orbite et sur elle-même. L’être humain a depuis longtemps cherché à comprendre, à donner du sens à sa vie. Nous avons la chance de bénéficier des savoirs accumulés au fil des générations, qu’ils soient traditionnels ou scientifiques, et d’une compréhension intuitive et/ou fondée scientifiquement, combinaison dont ne disposaient pas nos ancêtres, qui ont contribué collectivement à la somme de nos connaissances actuelles. Certains d’entre nous sur cette planète, une minorité, profitent d’un certain confort matériel tandis que le plus grand nombre peut à peine survivre.
Mais sommes-nous plus heureux que ces peuples premiers qui peinent à sauver leurs espaces de vie et de survie face aux assauts prédateurs de « LA civilisation » ?

L’intelligence n’est pas le privilège des puissants. Et, le serait-elle, cela ne justifierait pas les inégalités, y compris au plan environnemental. L’injustice est criante. Elle hurle même.

Le soviétisme n’a pas fonctionné. Le capitalisme s’effondre aussi mais il bouge encore et nous allons « dans le mur ». Il conviendrait de s’appesantir davantage que cela n’est fait sur les raisons de ces échecs malgré les bonnes intentions affichées de part et d’autre. L’illusion du bonheur matériel et technologique et celle de la toute puissance, dans lesquelles nous occidentaux nous complaisons souvent, nous anesthésient. Il est temps de nous arrêter, tou-te-s et chacun-e, et de nous demander ce que nous voulons, à quoi rime notre vie, de quoi nous avons réellement besoin. De tout remettre à plat, fixer les objectifs, dessiner le programme et prévoir la transition.

Faisons confiance aux peuples de la Terre. Nous savons que l’intelligence n’est pas l’apanage des « élites ». Profitons donc de nos intelligences collectivement, utilisons ce cerveau sophistiqué et cette neuroplasticité inouïe [10], merveilleux cadeau de la nature aux humains, sans lequel nous ne serions rien : il gouverne nos mouvements, nos émotions, notre pensée, notre action.

Cessons le gaspillage, matériel, mais aussi de la pensée. Expérimentons et continuons d’expérimenter, sans perdre de temps. Développons notre connaissance et notre intelligence collective, en nous préservant de tout repli sur nous-mêmes.

« Le XXe siècle nous aura appris qu’aucune doctrine n’est, par elle-même, nécessairement libératrice, toutes peuvent déraper, toutes peuvent être perverties, toutes ont du sang sur les mains, le communisme, le libéralisme, le nationalisme, chacune des grandes religions, et même la laïcité.
Personne n’a le monopole du fanatisme et personne n’a, à l’inverse, le monopole de l’humain.
Si l’on souhaite poser sur ces questions tellement délicates un regard neuf et utile, il faut avoir, à chaque étape de l’investigation, le scrupule de l’équité. Ni hostilité, si complaisance, ni surtout l’insupportable condescendance qui semble devenue pour certains, en Occident et ailleurs, une seconde nature.
 » Amin Maalouf [11]

Redresser la barre Parallèlement au contrôle citoyen de l’action politique, non plus limitée à une forme représentative clientéliste et trop souvent corrompue, le meilleur moyen de voir les entreprises et les services publics dirigés véritablement dans le sens de l’intérêt général dans le long terme serait certainement d’y exercer collectivement et démocratiquement le pouvoir. Cela signifierait d’abord se (ré)approprier la production et la distribution des biens et des services - au moins à partir d’une certaine taille et à un niveau territorial à définir, ainsi que la gestion de l’eau et de l’énergie, les organes d’évaluation de la qualité et des risques, de la recherche etc., de façon à infléchir les décisions dans le sens de l’intérêt général, démocratiquement défini. Pour le fonctionnement, cela nécessiterait des personnes compétentes, suffisamment conscientes des enjeux et de leur rôle, formées dans ce sens et disposant du temps correspondant à ces tâches. Nous en sommes loin actuellement, d’autant que le libéralisme a bien réussi son entreprise de conditionnement, laquelle se poursuit à travers le marketing, la publicité, la presse (la TV notamment), les différents experts et autres porte-parole politiques conventionnels. Tandis qu’un grand nombre de nos représentants politiques (de « droite » comme de « gauche ») ignorent et méprisent les consultations populaires, comme le rejet du TCE (traité constitutionnel européen) en France (lors du référendum en 2005) et aux Pays Bas - qui a finalement abouti à un traité (de Lisbonne) entre amis, signé entre les 27 États membres de l’Union européenne en 2007, ou pratiquent allègrement la complaisance envers les lobbies industriels sur les questions sanitaro-environnementales et autres, dans une grande opacité. Ils vident ainsi la démocratie de son sens, laquelle a entre-temps souvent muté en oligarchie [12] dans les pays mêmes dont les dirigeants la portent haut dans leurs discours, pour mieux continuer de dominer.

Il est par conséquent essentiel de continuer à mener nos actions d’analyse, de réflexion, de débat, d’information et de revendication. Et c’est à tou-te-s et à chacun-e qu’il revient de s’informer pour se forger son opinion afin de pouvoir décider « en toute conscience ». Un vrai pouvoir et un devoir social pour nous tou-te-s. Entendons les présentes révoltes en pays arabes comme autant de messages d’espérance malgré les victimes, tout comme les évolutions en cours dans différents pays de par le monde, au Bhoutan en Asie ou au Sud du continent américain.

« « Liberté, égalité, fraternité », prônez toujours ces valeurs, mais tôt ou tard, vous verrez apparaître le problème de l’identité. Où est la fraternité ? Pourquoi ne l’a-t-on jamais connue ? Précisément parce que la France n’a jamais compris le problème de l’identité. Si toi, tu es un homme avec des droits et tout le respect qu’on te doit, et bien moi aussi je suis un homme, moi aussi j’ai des droits. Respectez-moi. A ce moment-là, nous sommes frères. Embrassons-nous. Voici la fraternité
Il faut repartir vers un autre monde, qui affirme la peur de la violence, la peur de la haine et le respect de l’homme, son épanouissement.
 »
Aimé Césaire [13]

« Jamais il n’y a eu cette communauté de destin pour toute l’humanité, tous les humains ont les mêmes menaces mortelles, les mêmes problèmes de salut. La mondialisation est la pire et la meilleure des choses pour cela… (…) Il faut conjuguer optimisme et pessimisme. C’est cela la pensée complexe, c’est unir des notions qui se repoussent. »
Edgar Morin [14]


Les enregistrements vidéo de tous les intervenants lors du Contre-Grenelle 3 du 2 avril 2011 sont accessibles sur le site du Contre-Grenelle ainsi que le clip de campagne présidentielle de Nicolas Bertrand...

[1] Véronique Gallais est coordinatrice de projets dans l’économie sociale, anciennement responsable de zone export en entreprise. Elle est membre du conseil d’administration d’Action Consommation (présidente de 2001 à 2008) et du conseil scientifique d’Attac France.

[2] Voir aussi « Sortir du consommationnisme », Véronique Gallais, Biocontact, n°211, mars 2011 « Les tares du consommationnisme », Yann Fiévet in « Repolitiser l’économie » (ouvrage collectif), Parangon, 2007

[3] Cf, Véronique Gallais, « Marketing, commerce et hyperconsommation » in « Non au capitalisme vert » (ouvrage collectif), Parangon, 2009 et « Du marketing à la consommation responsable » in "Ecologie critique de la pub", Ecologie & Politique, 39/2009

[4] Franck Cochoy, « Une histoire du marketing – discipliner l’économie de marché », La Découverte, 1999 (épuisé), pp.25-27

[5] Thierry Renard & Voltairine de Cleyre, « Medef : un projet de société », Syllepse, 2001

[6] l’employeur étant, lui, devenu donneur d’ordre, transférant ainsi les risques correspondants à son désormais fournisseur

[7] « Animal Farm » ( la Ferme des animaux)

[8] Philippe Pignarre et Isabelle Stengers, « La sorcellerie capitaliste », La découverte, 2005 – en référence à Gilles Deleuze

[9] « L’irradiation des aliments : un instrument méconnu de la mondialisation libérale », Véronique Gallais in « Repolitiser l’économie » (ouvrage collectif), Parangon, 2007
« Aliments irradiés – atome, malfouffe et mondialisation », ouvrage collectif coordonné par le Collectif français contre l’irradiation des aliments, Golias, 2008.

[10] Cf. notamment Norman Doidge, « Les étonnants pouvoirs de transformation du cerveau, guérir grâce à la neuroplasticité », traduit de l’américain par Eric Wessberge, Belfond, 2008

[11] Amin Maalouf, « Les identités meurtrières », Grasset et Fasquelle, 1998

[12] Lire aussi « L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie », Hervé Kempf, Seuil, 2011

[13] Aimé Césaire, « Nègre je suis, nègre je resterai », entretiens avec Françoise Vergès, Albin Michel, 2005

[14] Edgar Morin, « Entretien avec Edgar Morin, Zineb Dryef et Pierre Haski, Rue89, 23/01/2011


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Téléphone : 01 48 05 86 81
En cas d'urgence : 06 86 89 78 89
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