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> Espace presse > Articles publiés > 11.07.2007 - Contaminations-chimiques.info : Questions à Yann Fiévet sur le « Grenelle de l’environnement »
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11.07.2007 - Contaminations-chimiques.info : Questions à Yann Fiévet sur le « Grenelle de l’environnement »

"Grenelle de l’environnement" : Questions à Yann Fiévet

www.contaminations-chimiques.info
mercredi 11 juillet 2007

Le Président de la République vient d’annoncer la tenue prochaine d’un Grenelle de l’environnement, avec notamment la volonté d’inscrire au chapitre des priorités gouvernementales, la "santé environnementale".

Yann Fiévet, vice-président d’Action Consommation, répond à nos questions.

"Il est impératif de bâtir un Plan de santé publique environnementale reposant prioritairement sur la prévention à partir de la prise en considération véritable des diverses sources nocives d’exposition des individus."

1 - Le Président de la République a souhaité la tenue prochaine d’un Grenelle de l’environnement, avec notamment la volonté d’inscrire au chapitre des priorités gouvernementales, la "santé environnementale". Que pensez-vous de cette décision ?

YF : Que la "santé environnementale" soit l’une des dimensions du Grenelle de l’environnement voulue par MM. Sarkozy et Juppé est la moindre des choses.

Les conséquences sanitaires graves de la dégradation croissante de l’environnement font que n’importe quel gouvernement issu des dernières élections présidentielles aurait affiché sa préoccupation en ce domaine.

Cependant, de l’affichage d’une préoccupation à la concrétisation d’une volonté dans une politique de santé publique environnementale la distance à parcourir et les remises en cause de l’existant sont telles que le bon sens doit nous inciter à demeurer prudents, voire sceptiques, face à ce qui reste pour le moment très flou.

Le fait que le Medad (Ministère de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement Durable) ait refusé que la question des pesticides soit traitée dans le groupe de travail relatif à l’agriculture - comme le souhaitaient les ONG environnementales - en dit long sur la volonté de traiter les problèmes sans les rattacher directement à une responsabilité pourtant évidente. On voudrait protéger certains intérêts avant même le début des négociations que l’on ne s’y prendrait pas autrement.

2 - Quelles vous semblent être les mesures / décisions sur lesquelles devrait déboucher prioritairement ce Grenelle de l’environnement pour vraiment s’attaquer concrètement aux questions de "santé environnementale" ?

YF : Il est impératif de bâtir un Plan de santé publique environnementale reposant prioritairement sur la prévention à partir de la prise en considération véritable des diverses sources nocives d’exposition des individus. Ainsi, on peut espérer à terme substituer au système de soins - qui traite les pathologies a posteriori - un système de santé garantissant que le maximum de personnes restent en bonne santé.

Il convient de mettre enfin en oeuvre le principe pollueur-payeur. Pour nombre de pollutions les responsabilités sont clairement établies. On pense notamment à la responsabilité de l’agriculture productiviste conventionnelle puissamment soutenue par le lobby des industries chimiques.

Il faut absolument développer à l’École un programme d’éducation à l’écologie de façon interdisciplinaire. Ce programme devra insister sur l’hygiène alimentaire. En association à ce programme à dominante théorique des pratiques orientées directement vers les enfants et adolescents devront être promues. Ainsi, on doit généraliser la restauration scolaire bio en veillant à ne pas créer un appel d’air pour le bio industriel standardisé mais en s’appuyant au contraire sur les ressources et initiatives locales.

3 - Quels vous semblent être les principaux obstacles / difficultés à surmonter ?

YF : L’ampleur du problème posé impose une révolution des mentalités et des pratiques. À ce titre la force des habitudes semble être un frein puissant au changement. À cela s’ajoutent bien sûr les résistances des instances n’ayant pas a priori intérêt à ce que les choses changent. On pense en tout premier lieu aux industriels.

Là aussi, l’École a un rôle éminent à jouer, les mauvaises habitudes éventuelles du public qu’elle reçoit n’étant pas encore profondément ancrées.

4 - À défaut de trouver rapidement des traitements efficaces pour les personnes d’ores et déjà malades, pensez-vous possible de parvenir à une réelle reconnaissance / prise en compte de ces affections et de leurs conséquences humaines, sociales, professionnelles, économiques... ? Si oui, comment ?

YF : La question de la reconnaissance des pathologies d’origine environnementale - y compris bien sûr sur le lieu de travail - met en jeu des responsabilités particulières mais aussi la responsabilité de chacun car personne ne saurait s’exonérer totalement de son implication dans le mode de vie que notre société a adopté. Cependant, les responsabilités particulières ne doivent pas être noyées - comme on noie un poisson - sous le discours du "tous responsables" qui nous condamnerait à l’immobilisme. Les citoyens doivent s’organiser afin d’obliger les pouvoirs publics - notamment le pouvoir judiciaire - à prendre leurs responsabilités. On pense là tout particulièrement à l’action des travailleurs exposés à l’amiante (ou à leurs conjoints et enfants).

Le cursus des études médicales doit être redéfini afin d’intégrer enfin la santé environnementale. Il est intolérable que des médecins, en raison de leur méconnaissance des causes objectives de certaines pathologies, s’en tiennent à attribuer les symptômes éprouvés durement par les malades à une cause psychique vague (comme dans le cas des MCS ou de l’hypersensibilité aux ondes électromagnétiques).

5 - Qu’est-ce que l’association Action Consommation attend prioritairement de ce volet "santé environnementale" du Grenelle de l’environnement ?

YF : Dans l’absolu Action Consommation souhaite que tout ce qui apparaît dans les réponses précédentes trouve une concrétisation rapide. Pourtant, il est à craindre que du Grenelle de l’environnement ne sortent que quelques mesures, dont certaines pour être, certes, non négligeables, ne permettent pas de s’attaquer fondamentalement à la cause des problèmes soulevés, à savoir le mode de développement prédateur dont l’Homme s’est doté.

Au moment où les syndicats et les entreprises vont entrer dans le "dur" de la négociation, le risque de l’arbitrage entre environnement/santé et emploi apparaîtra. Il conviendrait alors de ne pas renoncer aux emplois que ne manquera pas de créer l’écologie économique au profit de la sauvegarde intransigeante des emplois de l’économie actuelle. C’est au pied de ce mur-là que l’on mesurera le courage et la volonté du Gouvernement et du Président de la République.

Propos recueillis par Denis Lebioda pour www.contaminations-chimiques.info


Contacts presse Action Consommation :
Camille Le Bras, chargée de mission : 01 48 05 86 81
presseinfo@actionconsommation.org


 
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