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  jeudi 17 mai 2012 
Rendez-vous Action Consommation prochainement à Paris

> Sujet du mois > 8 mars : Journée internationale de la femme
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Sujet du mois : mars 2006

8 mars : Journée internationale de la femme
NON AUX EMPLOIS DISCOUNT DANS LA DISTRIBUTION !

Dans la grande distribution en général – et dans les chaînes de « hard discount » en particulier – les salarié-e-s sont parmi les plus maltraité-e-s, souvent au mépris de la législation du travail : précarité des emplois, bas salaires, mauvaises conditions de travail, harcèlement, surveillance des salariés. Dans ce secteur d’activité, la grande majorité des employé-e-s, en particulier les personnels de caisse, sont des femmes, ainsi exposées aux conditions les plus dures.

Sur un salarié sur six qui travaille à temps partiel, 85% sont des femmes. 94% des caissiers sont des femmes, 45% des caissières travaillent moins de 30 heures. Dans le secteur de la grande distribution (300 000 salariés), un quart des salariés sont à temps partiel, dont 98% sont des femmes.
« La flexibilité est sexiste, elle frappe d’abord les femmes, car, dans la répartition des tâches au foyer, elles ont des responsabilités supérieures aux hommes. Du coup, toutes les variations d’horaires, toutes les modulations, annualisations, tous les systèmes d’heures supplémentaires incontrôlées se retournent contre elles. Faute de se montrer suffisamment flexibles, elles sont sanctionnées. Encore davantage quand elles sont en congé maternité. » [1]

En France, les ventes des « hard discounters » sont en forte augmentation depuis quelques années [2], grâce à l’intérêt des consommateurs pour les prix les plus bas (toutes classes sociales confondues : les foyers modestes ne représentent que 30% de la clientèle [3]), obtenus en rationalisant l’organisation, les gammes et les produits, et en sacrifiant la qualité sociale et environnementale : politiques d’achat mettant en concurrence les entreprises de production au niveau planétaire, produits fabriqués dans des pays à législations moins contraignantes et laxistes sur les contrôles, ou pression sur les fournisseurs en France, et économies maximales sur les frais de structure des distributeurs.

Les salarié-e-s du monde sont les premiers à en faire les frais. Dans les magasins aussi, ils sont corvéables à merci : bas salaires, postes à temps partiel, personnel réduit (sous-effectifs), CDD, heures supplémentaires non payées, ouverture des magasins le dimanche, horaires de travail changeant au dernier moment, hyperpolyvalence (affectation indifférenciée à la caisse, au ménage ou à la manutention selon les besoins) ou au contraire hyperspécialisation, déresponsabilisation, management par la peur et harcèlement moral, espionnage et surveillance vidéo, répression syndicale et obstruction à la création de délégations syndicales et de comités d’entreprise…
À Calw en Allemagne, comme dans d’autres points de vente de la distribution dans le monde, la direction du magasin Lidl n’a pas hésité en 2005 à le fermer après le début d’une grève des employés pour de meilleurs salaires, fermeture maintenue malgré une décision de justice la déclarant illégale.
Dans son magasin de Nantes, Lidl n’a pas hésité pas à installer 65 caméras pour 60 salariés, officiellement pour lutter contre le vol de marchandises. [4]

En Allemagne – où le « hard discount » est implanté depuis plus de 40 ans grâce aux deux pionniers, Aldi (1962) puis Lidl (1973) [5], et des associations de consommateurs parmi les plus puissantes au monde – les « hard discounters » occupent près de 40% du marché des produits alimentaires [6], permettant à ce pays de détenir le record des prix les plus bas en Europe pour l’alimentation [7].

"Ici des pauvres se creusent la paillasse pour fourguer à des gens pas riches _ des marchandises fabriquées par des plus pauvres qu’eux"
(Olivier Cyran, Charlie Hebdo)

Pourtant, ces groupes sont hautement profitables, et certains de leurs propriétaires ou actionnaires figurent parmi les plus grosses fortunes mondiales : Aldi est le champion de la productivité des capitaux [8] ; Karl Albrecht, l’un des deux frères fondateurs et propriétaires de Aldi, est classé 8ème fortune de la planète par le magazine « Forbes », avec 18 milliards de dollars [9]. Mais la grande distribution « classique » française n’est pas en reste : la famille Mulliez (propriétaire du groupe Auchan) est classée 3ème fortune de France avec 10 milliards d’euros, selon le magazine « Challenges » ; Michel-Edouard Leclerc dispose d’un patrimoine estimé à 2.5 millions d’euros et d’un salaire de 2.3 millions d’euros par an. Les héritiers du groupe Carrefour (n°2 mondial derrière Wal-Mart, avec 71 milliards de chiffre d’affaires, 11 000 magasins dans 30 pays, 435 000 salariés) se partagent le gateau et vivent aujourd’hui en Suisse, en Belgique et à Londres, où le fisc est moins gourmand. [10]

Ces performances sont atteintes à travers la compression maximale des coûts, la mauvaise condition sociale et/ou environnementale des produits, les pressions sur les fournisseurs et leurs propres employés, mais aussi chez les « hard discounters » grâce à des montages ingénieux de sociétés qui permettent de contourner les obligations fiscales et sociales des entreprises, et une opacité légendaire : le groupe Lidl est composé de 600 structures différentes, fondations et sociétés ; l’organisation est similaire chez Aldi.

Prix bas à la consommation et profits des multinationales de la distribution

=

emplois au rabais et chômage !

En France, la taille des points de vente de ces groupes est souvent inférieure à 300 m², ce qui permet des ouvertures de magasins sans l’autorisation préalable des CDEC [11]. Lidl s’implante massivement dans 15 États européens, avec déjà plus de 1100 magasins en France.

Le phénomène s’étend et gagne tous les secteurs d’activité des produits de grande consommation, poussant toujours plus loin la rationalisation des coûts, notamment à travers la détérioration des conditions de travail et la réduction des postes. Chaque groupe introduit de nouvelles enseignes « hard discount » (si ce n’est déjà fait) et/ou des rayons à prix cassés dans les grandes surfaces plus classiques : Ed (groupe Carrefour), Netto (groupe Intermarché), Leader Price (groupe Casino), …

Ne nous y trompons pas : Acheter en grande surface nous coûte plus cher que nous ne le croyons ! Ce que nous pensons économiser à la caisse de ces prétendus défenseurs du pouvoir d’achat, nous le payons à d’autres endroits...

Un produit sous-payé, c’est un travail sous-payé :
au mieux, ce sont des salaires de misère, au pire c’est le chômage...

Aujourd’hui, la concurrence et la croissance des « hard discounters », dans un marché atone, incite les acteurs de la grande distribution « classique » (grandes et moyennes surfaces généralistes et spécialisées) à « rationaliser » davantage leurs frais de structure, notamment en réduisant leur personnel et en revoyant encore à la baisse les conditions de travail de leurs employés. Mais la prochaine étape est déjà engagée : la majorité des chaînes de distribution prépare la mise en place de caisses automatiques, qui leur permettront d’économiser les salaires et les problèmes de gestion du personnel, tout en espionnant encore davantage leurs clients (auxquels ils pourront proposer des promotions ciblées en fonction de leurs habitudes de consommation, analysées informatiquement).
240 000 postes de caissières seraient ainsi menacés à court terme en France. [12]

À l’occasion du 8 mars 2006, journée internationale de la femme, et par solidarité avec les syndicats européens du commerce et de la distribution, nous appelons les citoyens et consommateurs à dénoncer les conditions de travail des employé-e-s dans ce secteur, majoritairement des femmes, nous appelons à soutenir les salarié-e-s de la distribution, en interpellant les directions des magasins et les groupes de distribution pour :

  • exiger des conditions de travail correctes : salaires décents, paiement des heures supplémentaires, respect des salarié-e-s, libre établissement de délégations syndicales et de comités d’entreprise
  • refuser les caisses automatiques et la suppression des emplois de caissier-e-s

En Allemagne, la mobilisation des salariés et des citoyens autour des syndicats (Ver.di) et des associations (notamment Attac) a interpellé le groupe Lidl qu point qu’il lance actuellement une campagne de communication de plus de 10 millions d’euros pour redorer son image. Cette action est aussi analysée comme une alliance innovante entre syndicats et société civile permettant d’attaquer autrement les entreprises qui contournent la législation du travail et empêchent l’organisation des salariés.

Action Consommation et Attac

 

Texte au format PDF

Documents à télécharger : tract et lettre-type

Pour en savoir plus :

Biblio « Commerce et distribution »

Actu des entreprises
Quelques brèves sur Lidl, Carrefour, Auchan, Leclerc (sélectionner l’activité « distribution »)

La grande duperie

 

[1] Gérard Filoche, « Carnets d’un inspecteur du travail », Ramsay, 2004

[2] Elles représentent actuellement 14% du chiffre d’affaires (20% en volume) des produits alimentaires - « Enquête sur l’économie low-cost », Capital, 02/2005

[3] « Comment les hypers gagnent », Les dossiers du Canard enchaîné, n°97, octobre 2005

[4] http://www.bigbrotherawards.eu.org/article.php3 ?id_article=582

[5] installés en France depuis 1988

[6] 38.2% selon Der Spiegel du 24.02.2004, cité dans le rapport de la fédération européenne des syndicats du commerce et de la distribution (UNI-Europa Commerce) du 01.03.2004 sur le groupe Schwartz

[7] selon une étude de l’institut américain AC Nielsen - Die Zeit 17.11.2005

[8] Linéaires, n°199, janvier 2005

[9] « Comment les hypers gagnent », op.cit.

[10] « Comment les hypers gagnent », op.cit.

[11] commission départementale d’équipement commercial

[12] Marianne, 14.01.2006

 

Mise à jour le 4 mars 2006

 
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