A propos de REACH
Le problème c’est que la campagne actuelle, menée entre autres par Greenpeace et les Verts, néglige l’aspect mise en oeuvre de la directive. Par exemple la question des méthodes de tests qui devront être employées n’est quasiment pas abordée.
Pourtant, c’est un point essentiel qui peut réduire considérablement la portée de REACH. Il ne suffit pas de voter la Directive ; encore faut-il prévoir les moyens de la faire appliquer.
Je m’explique :
Le programme européen REACH a pour ambition de faire tester 100 000 produits actuellement sur le marché, dont une partie importante pourrait s’avérer toxique. L’initiative est louable, mais encore faut-il employer des tests fiables, faute de quoi REACH se résumera à un coup d’épée dans l’eau.
Il y a fort à parier que les industriels auront intérêt à opter pour les méthodes de test les plus lentes et les plus aléatoires de façon à gagner du temps avant de devoir retirer leurs produits du marché (il s’écoulera alors des années ou des dizaines d’années avant que REACH ne produise les effets espérés). Il est donc très probable qu’ils mettront en place, comme par le passé, des tests sur animaux, supposés être des modèles toxicologiques pour l’homme alors qu’il existe maintenant des méthodes beaucoup plus performantes.
Le modèle animal est d’autant moins fiable que les résultats divergent d’une espèce à l’autre et que la durée des tests ne permet pas de mesurer les incidences à moyen et long terme, de loin les plus dangereuses. Ainsi, la recherche de l’activité cancérigène d’une substance chez les rongeurs dure 3 mois, alors que, chez l’homme, une tumeur est diagnostiquée en moyenne plusieurs années après l’initiation de la prolifération cellulaire, donc bien au-delà de la durée de vie des rongeurs.
Les méthodes de toxicologie les plus récentes sont basées sur les réactions biologiques de cellules humaines en culture exposées au produit ou au mélange à tester. Les cellules réagissent aux agressions éventuelles du produit en exprimant un certain nombre de gènes en charge de protéger des agressions ou d’en réparer les dégâts. Les tests identifient ces gènes et en mesurent l’expression, révélant ainsi la ou les cibles cellulaires du produit et la capacité de la cellule à faire face à l’agression.
D’une façon générale, ces méthodes de toxicologie cellulaire in vitro présentent de nombreux avantages :
Un produit toxique pour la cellule l’est nécessairement aussi pour l’individu, (l’inverse n’est pas nécessairement vrai, pour certains produits le test sur cellule devra donc être complété par des tests cliniques sur volontaires).
Ces techniques renseignent aussi bien sur la toxicité immédiate que sur le risque à long terme du produit, donc des conséquences sur la santé à plusieurs années.
Les risques de toxicité sont évalués directement sur une base cellulaire humaine et non animale, permettant ainsi d’éviter des erreurs comme celles qui surviennent assez régulièrement et qui sont le plus souvent dramatiques pour les victimes. En effet, beaucoup de médicaments testés sur l’animal ont, chez l’homme, des effets secondaires sévères non décelés chez l’animal.
Ces tests sont beaucoup moins coûteux (ce qui balaye l’argument principal des industriels pour refuser REACH).
Ils peuvent être réalisés, non seulement pour chaque produit isolé, mais également en combinant plusieurs molécules de façon à mesurer l’effet des interactions chimiques ce qui est impossible à envisager avec les tests traditionnels du fait de la lourdeur des protocoles. C’est un très gros avantage puisque ce sont souvent les cocktails de substances qui s’avèrent dangereux. Les humains ne vivent pas dans des laboratoires mais dans des lieux où il y a à la fois de la fumée de cigarette, la pollution des carburants et des produits chimiques divers : nettoyants, peintures ….
Ces tests sont très rapides, puisque l’évaluation du produit se compte en heures, en jours au plus, non en mois ou années comme c’est le cas des tests actuels.
Ces méthodes permettent d’éviter de sacrifier inutilement des millions d’animaux pour des tests peu fiables,
Elles sont plus efficaces aussi du fait qu’elles rendent impossible la manipulation des résultats comme il est couramment pratiqué avec les tests sur les diverses espèces animales (choix de l’espèce la moins réactive, extrapolation erronée pour la santé humaine …)
Il résulte de tout ce qui est écrit ci-dessus, que l’adoption du programme REACH ne présentera d’intérêt que si ce programme s’accompagne de méthodes d’évaluation rigoureuses et fiables utilisant les meilleures ressources de la science d’aujourd’hui.
Les techniques de tests sur cellules humaines méritent certainement d’être améliorées, et nous devrions demander que des budgets soient attribués à la recherche dans ce domaine. Il s’agit là d’une exigence légitime qui n’est que la suite logique du premier volet de REACH dont elle est indissociable.
Florence
ASEVE
florence@aseve.org
1er novembre 2005
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