Comprendre
La grande distribution : un commerce inéquitable, concentrationnaire, qui lamine l’emploi
C’est avec l’objectif de contourner les intermédiaires et leur profit que la grande distribution a pu émerger et s’étendre en France après la seconde guerre mondiale, en important les méthodes américaines, obtenant des prix bas à la vente par des économies d’échelle, la compression de ses frais de structure et un pouvoir de négociation important vis-à-vis des fournisseurs, lié aux quantités achetées.
Aujourd’hui, les intermédiaires ont effectivement été contournés, avec une telle efficacité que les acteurs majeurs de la grande distribution se partagent l’essentiel d’un marché, devenu oligopolistique : 80 à 90% des produits de grande consommation sont commercialisés en passant par six centrales d’achat en France.
Le commerce spécialisé (bricolage, équipement, sport...) et certains services comme l’hôtellerie et la restauration ont suivi cette évolution et adopté les mêmes pratiques.
La concentration considérable du secteur, sa puissance encore plus grande avec le développement de marques propres (à la fois outil de fidélisation des consommateurs et de dépendance accrue pour les producteurs) et ses investissements à l’étranger (y compris dans les pays du Sud), élargissent son emprise dans le monde entier et laminent des pans entiers de l’économie, tant au niveau de la production que de la commercialisation, favorisant la production dans les pays les plus laxistes en termes de législation sociale et environnementale, et la concurrence entre les producteurs de la planète, avec des conséquences écologiques considérables liées à l’explosion des transports. Les grandes firmes de distribution sont depuis longtemps des multinationales qui exacerbent les tendances du marché, par une pression phénoménale sur les fournisseurs, une politique sociale de précarité et une position d’oligopole terrifiante.
Dans un marché saturé, face à des enseignes de distribution dont les prix bas à la consommation ne sont généralement plus que des prix d’appel, émerge depuis quelques années un nouveau type de distributeurs, les « hard discounters », qui semblent renouer avec les principes d’origine de la grande distribution, mais qui en réalité rationalisent encore plus brutalement les modes de gestion d’entreprise, tout en réalisant des profits considérables, dans une grande opacité.
Abus de position dominante
En France, les six centrales d’achat de la grande distribution représentent à elles seules plus de 75 % du commerce de détail. Elles sont devenues incontournables pour qui veut écouler ses produits. La grande distribution contribue pour une large part à l’aggravation de la situation des paysans et des entreprises européennes et de nombreux fournisseurs ont dû cesser leur activité, licencier ou délocaliser, faute de pouvoir s’aligner sur les prix d’achat toujours plus bas qu’elle impose. Et les emplois créés dans ce secteur impliquent souvent de nombreuses destructions d’emplois dans le commerce et la production.
Pourtant, contrairement à un mythe bien répandu, ces prix d’achat ne sont pas répercutés vers le consommateur.
Dans la grande distribution en général - et dans les chaînes de « hard
discount » en particulier - les salarié-e-s sont parmi les plus maltraité-e-s, au mépris de la législation du travail : bas salaires, postes
à temps partiel, personnel réduit (sous-effectifs), CDD, heures
supplémentaires non payées, ouverture des magasins le dimanche,
horaires de travail changeant au dernier moment,
déresponsabilisation, management par la peur et harcèlement moral,
espionnage et surveillance vidéo, répression syndicale et obstruction
à la création de délégations syndicales et de comités d’entreprise...
La grande majorité des employé-e-s, en particulier les personnels de caisse, y sont des femmes, ainsi exposées aux conditions les plus dures.
Mais, plutôt que d’améliorer les conditions de travail, le phénomène de réduction des coûts s’étend et la prochaine étape est déjà engagée : la majorité des chaînes de distribution prépare la mise en place de caisses automatiques afin d’économiser encore davantage sur les frais de personnel.
Ces groupes font pourtant de grands profits et certains de leurs propriétaires ou actionnaires figurent parmi les plus grosses fortunes mondiales.
Globalement, acheter en grande surface nous coûte plus cher que nous le croyons !
Pour en savoir plus :
La concurrence au service des consommateurs ?, par Action Consommation, Attac et la Confédération paysanne
Droits de l’homme et travail le dimanche, déclaration commune Cgt et Ver.di
Pour le repos dominical. Contre les nocturnes commerciaux, par Paul Ariès
Hard discount : qui paie pour les prix cassés ?
Non aux emplois discount ! Solidarité avec les employées de la distribution, par Attac et Action Consommation
La consommation-distribution, contribution pour le Manifeste altermondialiste d’Attac, par Véronique Gallais et François Laporte
Ouvir les yeux, c’est urgent, à propos de la campagne de Carrefour « Mieux consommer, c’est urgent. »,
Un nouveau règlement pour tuer la distribution de proximite,
par Nature & Progrès
Commerce équitable et distribution
Forum « Commerce équitable et distribution »
Pour une équité sans frontières
Commerce équitable et consommation responsable : un engagement politique qui dépasse la consommation