Des AMAP de la mer ?
La crise
L’ensemble des professionnels de la pêche sont confrontés à trois problèmes majeurs :
- La raréfaction de la ressource halieutique,
- La faible valorisation de la production des bateaux compte tenu des contraintes d’exploitation,
- L’inévitable augmentation du prix des carburants d’origine fossile.
De nombreuses professions dépendantes de l’activité portuaire subissent aussi cette crise.
L’évolution des habitudes alimentaires vers des préparations rapides est contraire à la consommation de poissons, nécessitant souvent d’être apprêtés ou servis accompagnés d’une sauce.
Les pollutions du milieu marin et leurs éventuelles conséquences sur la santé des consommateurs, alimentées par les trop fréquentes marées noires ou autres dégazages intempestifs, reviennent souvent à la une de l’actualité.
Le citoyen-consommateur se retrouve devant l’étal du poissonnier avec beaucoup d’interrogations et d’inquiétudes. Globalement, cela freine l’envie d’acheter du poisson.
La consommation totale des produits de la mer en France est de 2 250 000 tonnes (4,4 milliards d’euros) (moyenne 2003/2004/2005). En 2006, les ménages ont acheté 221 000 tonnes de poissons, coquillages, crustacés frais pour un montant de 2 milliards d’euros (données issues de panel consommateurs) : 70% des volumes pour les Grandes et Moyennes Surfaces (GMS) et 30% pour les poissonniers (en boutique ou sur les marchés) et les ventes directes.
La production française
En 2006, la production française (métropole et DOM) a été de 792 000 tonnes pour un chiffre d’affaires de 1,70 milliards d’euros en première vente.
Sur ces 792 000 tonnes, 336 000 tonnes (1 milliard d’euros) correspondent à de la pêche fraîche et 214 000 tonnes (177 millions d’euros) à de la pêche congelée. Enfin, 240 000 tonnes (532 millions d’euros) proviennent de l’aquaculture (189 300 tonnes de la production conchylicole et 50 700 tonnes de la production piscicole).
En 2007, 234 000 tonnes de produits de la mer (690 millions d’euros) ont été vendues en halles à marée : 173 000 tonnes de poissons, 52 000 tonnes de mollusques (coquillages et céphalopodes) et 9 000 tonnes de crustacés.
Les importations
De nombreux bateaux-usines armés par de grandes sociétés européennes sillonnent les mers du monde, passent des contrats déséquilibrés avec des pays pauvres pour pêcher dans leurs eaux territoriales afin d’alimenter les poissonneries de nos grandes surfaces.
En 2006, 1 118 000 tonnes de produits aquatiques ont été importées pour une valeur de 4,06 milliards d’euros.
Ces importations sont réparties comme suit : 1,4 milliard d’euros de produits vivants, frais ou réfrigérés ; 1,7 milliard d’euros de produits congelés ; 120 millions d’euros de produits fumés, séchés, salés et 720 millions d’euros de conserves et préparations.
Les principales espèces importées sont : la crevette congelée, le thon en conserve, la coquille Saint-Jacques congelée, le lieu et le merlu congelés et, pour les poissons frais, le saumon, le cabillaud et la baudroie.
Les trois premiers pays fournisseurs sont : la Norvège, le Royaume-Uni et l’Espagne.
Les exportations
En 2005, 432 500 tonnes de produits aquatiques ont été exportées pour une valeur de 1,36 milliards d’euros.
Le marché mondialisé
La stratégie de l’Union Européenne des prix bas a provoqué la surpêche, avec comme conséquence la nécessité d’imposer des quotas. Elle a ainsi participé à une industrialisation, une concentration et une mondialisation des filières au détriment de la pêche artisanale et de l’équilibre des territoires.
Des milllions de tonnes de produits de la mer se promènent d’un bout à l’autre de la planète.
Voici des exemples d’annonces trouvées sur le site d’EspaceAgro
(http://www.espaceagro.com/poissons/...) :
- Langoustes, cuisses de grenouilles
Societe de negoce installee a Saigon (Viet Nam)
Proposons : Langoustes surgelees entieres ou queues, cuites ou non
Cuisses de grenouilles ou chair type BIO
Calamars. Crevettes. Basa
Quantites importantes
Conditionnement MD possible
FOB Vietnam
Conditionnement : 1/10kgs/tonne
Quantité : 80T/an mini chaque - recherche d’un fournisseur de poisson congele
poisson congele type chinchard en cartons de 30kg dans les 3 dimensions en 1 container froid congele rendu abidjan tous les 15 jours, régulier toute l’année ;
Conditionnement : container 40’ congele
Quantité : 25 tonnes - FARINE DE POISSON
Notre société basée en Espagne, est à la recherche de farine de poisson de bonne qualité et en grande quantité par conteneur de 20".
Quantité : 200 tonnes - boit de sardin
Bonjour,je suis à la recherche d’un fournisseur de boites de sardines.j’aimerai qu’il mette 3000 cartons de 50 boites dans un conteneur de 20 pieds c’est-à-dire 150000 boites de sardines.j’aimerai l’acheter autour de 21 centimes d’euros ;j’aimerais que chaque boite contienne au moins 4 sardines
Conditions tarifaires : autour de 21 centimes la boite
Quantité : 1 conteneur de 20 pieds
Prix : autour de 21 centimes la boite
Certains de ces produits peuvent être « traités par ionisation (irradiés) », avec, selon la réglementation, obligation d’étiquetage, avec les risques sanitaires (entre autres) que cela implique.
La criée
Face à la crise, les criées et les ports ont leurs propres difficultés. Lors de l’assemblée générale des responsables de criées et halles à marée, le président de l’association a manifesté son hostilité à la vente directe : « C’est une véritable gangrène pour toute la filière ». Les directeurs de criée se soucient de l’avenir de leur structure en termes de chiffre d’affaires et de tonnage. Mais les importations sont en augmentation et les criées ne représentent que 10% des produits halieutiques consommés en France. Les installations ont été dimensionnées à une époque où le poisson arrivait principalement par la mer. Maintenant, une grande partie du poisson arrive par la route ou par avion des quatre coins du monde.
À titre d’exemple, la criée de Concarneau, conçue pour 40 000 tonnes, ne voit débarquer aujourd’hui que 10 000 tomes par an.
La pêche artisanale et côtière ne peut supporter le coût et le fonctionnement de ces structures. Les pêcheurs ne peuvent pas vendre au prix des produits importés et se tournent naturellement vers la vente directe. Un équilibre est à trouver entre pêcheurs, mareyeurs, poissonniers, organisations de consommateurs…
La vente directe
Le maintien d’une activité de pêche artisanale est un enjeu fondamental pour le territoire. Cela passe nécessairement par une meilleure valorisation de la production des bateaux.
Sur certains ports la vente directe existe depuis longtemps. Face à la baisse des prix, de nombreux autres pêcheurs se lancent dans la vente directe aux consommateurs.
Cette vente s’effectue sur le port au pied du bateau ou sur des marchés proches. Il existe aussi des systèmes d’expédition en emballage réfrigéré.
La forme AMAP
Le consommateur recherche de plus en plus un contact direct avec le producteur. L’expansion constante du nombre d’AMAP (Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) en est le témoin. Certaines d’entre elles passent des accords avec des pêcheurs.
L’AMAP La Graniho à Saint-Rémy de Provence a un accord avec un pêcheur du Grau du Roi, M. El Yousfi, pour livrer des paniers de poissons sur la base d’un contrat de barquette tellines et poisson.
Castelamap, une AMAP de Castelnau de Médoc a passé un « contrat poisson » avec Nicolas Brin, pêcheur d’Arcachon. Trois autres AMAP sont en discussion :: à Bordeaux, au Bouscat, à Belin-Beliet (au Bouscat, c’est démarré : l’AMAP de Bruges « de la terre à l’assiette » livre chaque mois un colis poissons de 3kg pour 30 euros).
À Aiguemortes, une AMAP poissons et fruits de mer est lancée en complément de l’AMAP légumes avec Yaris El Yousi Mimoun, pêcheur sur la côte méditerranéenne.
Il n’est souvent pas possible de créer une AMAP sur le principe habituel qui lie un seul producteur à un groupe de consommateurs, un petit bateau de pêche ne pouvant pas satisfaire un grand nombre de clients. C’est pourquoi une forme coopérative a été préférée à Ciboure-Saint-Jean-de-Luz autour de quelques bateaux et d’une fabrique de glace ; et c’est cette coopérative qui livre le poisson.
Une autre difficulté est d’assurer la continuité dans les livraisons en qualité et en quantité. À Bandol, par exemple, selon la saison, le filet contient du merlan, de la daurade, du loup, de la sole, de la lotte… en quantités variables.
Le contrat poisson
Le principe d´engagement entre le producteur et les consommateurs est le même que pour les AMAP légumes : engagement sur six mois, paiement à l´avance, prix du panier fixe. Les variétés livrées dépendant de la saison. Le poisson est transporté en camion frigorifique.
Des formes diverses
Les formes diverses de préparation et de distribution du poisson qui se mettent en place montrent qu’il est possible de créer de nouvelles filières dont tous les acteurs profitent : pêcheurs, mareyeurs, poissonniers sur les marchés ou en ville, consommateurs…
Prix
Les ressources halieutiques diminuent, et pourtant les prix baissent, du fait de la concurrence d’autres aliments peu chers.
Ce qui coûte le plus cher, c’est la matière première. Elle peut représenter jusqu’à 66 % des prix finaux et « pèse », quelle que soit l’espèce considérée, plus de 50 % des charges supportées par la filière.
Ramené en euro/kilo, le coût de la main-d’½uvre pèse de l’ordre de 20 % du prix de vente chez les poissonniers, contre de 6 à 8 % du prix de vente pour la grande distribution. Les poissonniers doivent payer les salariés toute la semaine alors que 60 à 70 % de ventes se font sur la fin de la semaine. Ces coûts sont en revanche variables pour les mareyeurs, de 2 % à 11 % en fonction du travail réalisé : le simple tri et l’emballage coûtent moins cher que le filetage. Transport routier, dispersion de l’offre excentrée géographiquement (essentiellement Boulogne et la Bretagne) : le coût de la logistique est aussi élevé. Ce qui coûte cher encore dans le kilo de poisson, c’est l’ensemble des pertes matières, car le poisson, produit fragile, peut s’abîmer : cela peut jouer jusqu’à 10 % du coût final en grande distribution. Lorsque l’on prépare un poisson en dos ou filets, on perd aussi beaucoup de poisson.
La vente directe assure un meilleur revenu aux pêcheurs pour un prix souvent plus faible pour les consommateurs assurés de bénéficier de poisson frais.
La fédération des Paniers de la mer
La fédération des Paniers de la mer veut réduire le gaspillage de poisson de retrait, le valoriser et favoriser l’insertion professionnelle : et faire ainsi d’une pierre, trois coups. En donnant 20 heures de travail hebdomadaire et 6 heures de formation en contrat aidé aux érémistes et chômeurs de longue durée, pour qu’ils se réinsèrent ensuite sur le marché de l’emploi. Le travail de transformation permettra de livrer à la banque alimentaire et aux Restos du c½ur des cartons de 10 kg de barquettes surgelées de 500 g. En action : Boulogne-sur-Mer, Lorient, Loctudy, Perigny. En projet : Cherbourg, Saint-Malo, Nantes, Le Cannet, Pelagos – Baie-Mahault
Et dans le lac !
L’aquaculture bio livre aussi des AMAP.
Par exemple, les Viviers Cathares à Planturel sur le lac de Montbel livrent des paniers de poissons pour les membres de appam’AMAP (Pamiers et ses environs).
Quelques exemples
Cette liste n’est pas exhaustive, mais est caractéristique du mouvement en cours.
- Nord-Pas-de-Calais
- Le Touquet - Étaples
La Cité des pêcheurs résonne tous les matins des cris des vendeurs de poisson. Certains clients n’hésitent pas à venir de loin pour s’approvisionner auprès d’eux.
- Normandie
- Saint-Valery-en-Caux, Saint-Aubin-sur-Mer, Quiberville, Dieppe
Sur le littoral cauchois, la sole, le carrelet, la raie et bientôt le bar et le homard sont sur les étals. - Granville
Une marque « Baie de Granville » a été créée par la chambre de commerce et va bénéficier aux produits vendus sous la halle à marée, que ce soit aux enchères ou de gré à gré par les pêcheurs. - Trouville
Vente directe au bateau « Gros Loulou ».
- Bretagne
- Taulé – Carentec
La SDAB, une entreprise de mareyage reprise par quinze de ses salariés en Société Coopérative de Production (SCOP). Livraison directe de grands restaurants à partir de poissons achetés en criée de Saint-Quay-Portrieux et Roscoff. - Dahouët
Vente sur les quais et sur les marchés. - Trégunc
À la Pointe de Trévignon, vente directe tous les jours. - Saint-Guénolé
Vente en ligne sur Internet. - Le Conquet
Jacques Le Bris expédie directement sa pêche. - Île de Houat
Le groupement des pêcheurs et artisans fait le pari de livrer les meilleurs restaurants de Paris en moins de 24 heures. C’est sur le marché Saint-Quentin à paris que le poisson est débarqué deux à trois fois par semaine.
- Vendée
- Saint Gilles Croix de Vie
Depuis le printemps dernier, la vente directe se développe sur le bassin des côtiers, sur le port de pêche. Plusieurs patrons de la petite pêche ont pris le parti de s’installer sur le quai avec leur étal, dans l’enceinte du port.
- Poitou-Charentes
- La Rochelle
Il passe probablement plus de produits de la mer en dehors que dans la criée si on tient compte des moules débarquées sur les quais et transbordées directement dans les camions réfrigérés pour leur distribution sur les marchés.
- Aquitaine
- Arcachon
Des pêcheurs se sont mis à la vente directe en raison de la chute des prix, certains d’entre eux ont passé des accords avec des AMAP. - Capbreton
Depuis près de 30 ans, les pêcheurs de Capbreton, dans le quartier maritime de Bayonne, commercialisent eux-mêmes leurs poissons. - Bayonne
Les pêcheurs disposent d’un point de vente aménagé par la municipalité, mais, à la demande des poissonniers, ils n’ont pas le droit de préparer le poisson. - Saint-Jean-de-Luz-Ciboure
Après bien des vicissitudes et des disputes violentes, procès, bagarres, entre les pêcheurs, d’une part, et les représentants de la Chambre de Commerce et d’Industrie et les responsables portuaires, d’autre part, quelques pêcheurs, souvent leurs femmes ou leurs filles, vendent tous les jours devant la criée de Ciboure sous un chapiteau (voir les sources).
La conserverie Jean de Luz, créée en 2003, fait renaître les recettes du pays oubliées en utilisant à 85% les poissons ramenés par les pêcheurs locaux. Elle remplace les 40 conserveries du port, dont la dernière usine a fermé ses portes il y plus de dix ans.
- Languedoc-Roussillon
- La Grau du Roi
Sur les étals du Vieux-Port, les pêcheurs vendent directement du producteur aux consommateurs. - Aiguemortes
Une AMAP poisson et fruits de mers a été lancée avec un pêcheur de la côte méditerranéenne.
- Provence-Alpes-Côte d´Azur
- Bandol
L’association Arc-en-Ciel du Beausset à mis sur pied une AMAP poissons avec l’équipage du Tiki, un filet de un à trois kilos tous les quinze jours pour 20 euros. - Saint-Elme – La Seyne-sur-Mer
Bateau « Le Long » : vente au cabanon et au marché des sablettes. - Saint-Raphaël
Sur les étals du Vieux-Port, les pêcheurs vendent directement du producteur aux consommateurs.
- Corse
- Taverna
Tous les mercredis matins le chalutier « San Ghjiseppu » prpose une vente directe de poissons frais.
Sources
Cet article est une synthèse d’informations glanées sur Internet. Certaines ne sont peut-être plus d’actualités. Des initiatives ont certainement été omises. Merci de nous faire part de vos commentaires.
Maurice Frankel