Février 2002 - Campagnes solidaires - Quel regard le consommateur porte-t-il sur son assiette ?
Février 2002 - Campagnes solidaire
Quel regard le consommateur porte-t-il sur son assiette ?
En prenant conscience des scandales de sécurité alimentaire, de la dégradation de l’environnement et des dysfonctionnements socio-économiques de la globalisation, le consommateur est de plus en plus soucieux de la qualité globale des produits qu’il achète.
Par qualité globale, on entend non seulement la qualité intrinsèque du produit, mais aussi la qualité sociale et environnementale. Il s’agit donc de prendre en compte les conditions dans lesquelles le produit a été fabriqué et commercialisé, et leurs conséquences pour l’environnement et la vie sociale.
Or, l’agriculture conventionnelle [1] - ou agriculture intensive - et les règles de l’économie globalisée ont des effets désastreux sur la qualité globale.
Effets sur la qualité intrinsèque
On confond souvent hygiène et sécurité sanitaire. L’hygiène est en général rigoureuse sur les chaînes de production et de transformation ; elle permet d’ailleurs de justifier des réglementations favorables aux grandes installations [2]. Quant à la qualité sanitaire, on connaît les conséquences de l’utilisation des farines carnées pour l’alimentation animale, des hormones et antibiotiques dans l’élevage, des engrais, herbicides, pesticides et OGM dans l’agriculture et des ajouts [3] dans les produits transformés. Pour ce qui est des qualités nutritives et organoleptiques, elles sont généralement inférieures à celles des aliments produits dans des conditions naturelles, et fragilisantes pour l’organisme.
L’environnement
Par sa consommation d’eau et d’énergie, l’agriculture intensive contribue pour une large part à la dégradation des ressources naturelles et de l’environnement. Comment justifier la pollution de l’air, des sols et des nappes phréatiques par l’utilisation massive de produits chimiques ? Que dire de la maltraitance et de l’abattage massif d’animaux ? Et des risques que font peser les OGM sur la biodiversité ?
Les critères socio-économiques
La recherche de rentabilité maximale produit une concentration toujours plus forte des opérateurs et l’émergence ou la croissance de quasi-monopoles. A cette logique s’ajoutent les subventions, comme dans le cadre de la Pac en Europe, qui favorisent les gros producteurs occidentaux, au détriment des petits producteurs, et asphyxient les paysans dans les pays du sud par des prix mondiaux artificiellement bas. Les grands groupes transnationaux de l’agro-chimie et de l’agro-alimentaire - toujours plus puissants - en utilisant les outils de réglementation internationaux (qu’ils contribuent à concevoir et imposer au sein de l’OMC) s’arrogent des droits considérables sur la vie des humains. Ainsi, les OGM protégés par des brevets dépossèdent les paysans de leurs ressources naturelles séculaires et de leur droit à semer le produit de leurs récoltes. L’exode rural, déjà très avancé en Occident, en progression constante dans les pays du sud, dépeuple les campagnes et gonfle les zones urbaines, produisant des métropoles démesurées confrontées à des problèmes sociaux et environnementaux considérables.
La logique productiviste, dans une spirale qui s’accélère, compromet l’avenir de l’humanité et de la planète.
Il est donc urgent d’exiger la mise en œuvre déterminée d’une politique agricole volontariste. Ceci aux niveaux national, européen et international, afin de garantir la quantité et la qualité des aliments pour tous, la préservation des ressources naturelles et de l’environnement, une activité et un revenu décent aux paysans dans le monde entier.
Parallèlement, les consommateurs peuvent (et doivent) agir collectivement par leurs actes d’achat individuels, en privilégiant les produits de bonne qualité globale et les circuits de distribution courts et équitables.
Véronique Gallais
Action Consommation - www.actionconsommation.org
21ter rue Voltaire- 75011 Paris - info@actionconso.org
[1] Même quand on lui attribue le qualificatif de « raisonnée »
[2] Cf. directive européenne sur les conditions de remise directe au consommateur, impliquant des équipements réfrigérants, polluants et trop onéreux pour les petits producteurs vendant directement leurs produits sur les marchés, avec des conséquences directes sur l’accélération de leur disparition
[3] notamment le sel en excès, avec des risques d’hypertension et de maladies cardiovasculaires
Contacts presse Action Consommation :
Téléphone : 01 48 05 86 81
En cas d'urgence : 06 86 89 78 89
presseinfo@actionconsommation.org