mai/juin 2009 - Il était une fois, la fée électricité...
par France Bonillo
Action Consommation Pays Basque
Ortzadar - Alternative Pays Basque
n° 132 - mai / juin 2009
...Et la lumière fut, il suffisait d’appuyer sur le bouton. La lumière, et à sa suite moult appareils soulagèrent la besogne humaine et lui permirent même d’accroître sa productivité telle la trayeuse électrique. La liste des appareils générés ne cesse de s’accroître : de la radio à lampe aux multimédias, du tandem frigo-machine à laver au presse-agrumes et à la machine à pain. Nous sommes quasiment tous raccordés au réseau et devenus très dépendants. Au cours de la dernière tempête, la coupure de courant entraîna le gâchis dans des congélateurs pleins à craquer, l’hospitalisation de personnes sous oxygène et le beuglement de vaches ne pouvant être traites en temps et en heure !
Un choix politique français, le nucléaire.
Choix qui dure, perdure et se montre plus farouche que jamais. Et pourtant, à l’heure actuelle, il est avéré que le nucléaire est coûteux, polluant, potentiellement très dangereux et, de surcroît, inadapté aux besoins et sans avenir !
Très coûteux, les EPR (3 milliards d’euros hors dépassements) et on ne connaît pas le prix de revient du kwh nucléaire. Il n’est pas répercuté sur le tarif EDF maintenu artificiellement bas, 40 à 50 % de moins que la moyenne européenne. Bruxelles concède encore 2 ans à la France pour rattraper le tarif régulé, soit hausser les prix.
Polluant d’un bout à l’autre de la filière ainsi qu’à court, moyen et très, très long terme. De l’extraction dans les mines qui laisse des sites déserts, encombrés de déchets toxiques et à l’atmosphère chargée de pollution radioactive... on y meurt aussi, entre autres de cancer du poumon. C’est un commerce ni bio, ni équitable qui se joue avec le Niger... Puis dans les centrales : Tchernobyl, la plus grande catastrophe technologique dont les conséquences sanitaires sont transmises au-delà des frontières et des générations et dont le nom est passé dans le langage courant pour désigner tel ou tel désastre écologique. Mais aussi, il n’y a pas longtemps, pas très loin, ici même, de nombreux incidents ont filtré au cours des derniers mois, en France, Belgique, Allemagne ou Espagne, des problèmes de rupture de canalisations, de fuites, de rejets mal contrôlés... de quoi se méfier de ses propres salades ! Et au final, pour les déchets, c’est l’enfouissement. Nul ne nie la dangerosité du déchet et des chercheurs américains se triturent actuellement la cervelle pour savoir quel logo mettre sur l’emballage pour alerter sur la dangerosité du contenu dans... 10.000 ans ! D’ici là, est-il crédible d’assurer le site 100 % fiable et le zéro fuite ?
La technologie nucléaire implique aussi des installations fonctionnant 24h sur 24 pour fournir une électricité qui ne se stocke pas et doit donc être consommée ; par contre, lors de pics d’utilisation comme en janvier dernier, il faut importer à prix fort ou remettre en route de vieilles centrales thermiques à faible rendement et forte pollution.
Et pour finir, technologie sans avenir, énergie non renouvelable, car liée à une ressource fossile qui va s’épuiser à moyen terme (+ ou - 30 ans).
Technique dangereuse, moralité(s) douteuse(s), et si la fée s’appelait Carabosse ?
Malgré tout, donc, la France continue à être le pays le plus nucléarisé et nos dirigeants, VRP de haute volée, assurent eux-mêmes la promotion et l’exportation. L’image de marque actuelle est la peu crédible énergie verte, LA solution au réchauffement climatique. Et aussi la tentante alternative au pétrole avec, en prime, la toute récente voiture électrique qui permet de pérenniser la sacro-sainte voiture individuelle en prenant le relais des agro carburants qui commençaient à avoir mauvaise presse.
La France surproduit, la France surconsomme, beaucoup plus que ses voisins. L’orientation politique n’est pas sérieusement aux renouvelables et il faudrait plus que des mesurettes pour faire baisser la consommation. 60 à 70 % des constructions neuves sont encore équipées de chauffage électrique (interdit au Danemark depuis 10 ans) et la clim’ a encore de beaux jours devant elle ! Et puis, la France exporte sa production à prix cassés ; par exemple, en Italie qui met fin à un moratoire de 20 ans sur le nucléaire (cf. sourires et poignées de main Sarkozy-Berlusconi). Exportations apportant, en bonus, construction de lignes à Très Haute Tension et accumulation de déchets supplémentaires.
Prosélytisme oblige, la France exporte aussi sa brillante technologie et vend des réacteurs nucléaires à l’étranger, quitte à prendre à sa charge les surcoûts de chantier et à être peu regardante sur les pays de destination, occultant une possible utilisation militaire. Difficile d’avoir confiance... Si à Tchernobyl, la formule du gouvernement était « nous contrôlons la situation », dans notre pays démocratique, la formule est à l’opacité : interdiction d’en parler au Grenelle de l’environnement, résistants aux nucléaires traités comme terroristes et serrés de près par DST et Renseignements Généraux, veto du secret défense... EDF, fournisseur d’électricité pour l’usage civil, emploie en son sein des fonctionnaires de police détachés, en liaison avec le ministère de l’Intérieur ainsi que de nombreux anciens militaires et agents de renseignements à la retraite. EDF se compromet avec des sociétés de surveillance suisses pour surveiller le porte-parole de l’association Sortir du Nucléaire, EDF pirate les ordinateurs de Greenpeace.
À côté de la peu éthique entreprise nucléaire Areva, d’autres opérateurs privés vont bientôt pouvoir prendre des parts du gâteau et l’on entend parler de Suez et même de Total, toujours compromis, entre autres, en Birmanie.
Et alors, qu’est-ce qu’on peut y faire ?
- Réduire. Les efforts à faire sont énormes et le discours parfois culpabilisant. La marge de man½uvre va de l’autoproduction à la simple économie, mais elle est aussi réduite dans les milieux à faibles revenus ; c’est d’ailleurs dans le parc locatif, souvent mal isolé, que le chauffage électrique est le plus répandu.
- Choisir. Le marché de la production d’électricité est désormais ouvert, mais régulé pour assurer la sécurité de l’approvisionnement. La loi du 21.01.2008 rend désormais possible le retour à EDF après un délai de 6 mois, ce qui permet d’essayer plus sereinement un opérateur privé. Les meilleures notations « vertes » vont actuellement à Enercoop et Gaz et Electricité de Grenoble. Accepter de payer plus cher, ou plutôt de payer au juste prix, est actuellement un acte militant qui permet de développer une production propre : solaire, éolien, petit hydraulique, biogaz... Passer à un fournisseur « éthique » permet aussi d’affirmer un choix politique de consommation.
- Soutenir. Le travail associatif, là aussi, se situe sur les plans de l’information, de l’interpellation des politiques, du combat juridique, de la création d’alternatives... Là encore moins qu’ailleurs, il ne peut compter sur l’aide de l’état et une association n’est rien sans adhérents, soutiens, participation aux campagnes, réunions, manifestations.
- Applaudir, entre autres, ces mêmes associations et ces salariés d’EDF qui n’ont pas craint de signer un « appel pour une diversification du bouquet électrique français ».
France Bonillo
Action Consommation Pays Basque
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