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  lundi 21 mai 2012 
Rendez-vous Action Consommation prochainement à Paris

> Sujet du mois > Irradiation des aliments : le saviez-vous ?
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Sujet du mois : novembre 2005

Irradiation des aliments : le saviez-vous ?

La question de l’irradiation des aliments illustre parfaitement les logiques à l’œuvre dans notre économie libérale mondialisée. Comme d’autres technologies utilisées dans la chaîne alimentaire, présentées comme des bienfaits pour les consommateurs et les populations (en termes de sécurité sanitaire des aliments, de souveraineté alimentaire ou pour l’environnement) alors même qu’elles entraînent des conséquences non négligeables pour la santé, l’environnement et l’organisation de nos sociétés.

De quoi s’agit-il ?
L’irradiation des aliments se fait principalement par l’utilisation de rayons gamma (Cobalt 60, ou plus rarement Césium 137) ou par la projection d’électrons à une vitesse proche de celle de la lumière.
Cette technologie est utilisée pour :

  • détruire les micro-organismes et ainsi obtenir une meilleure conservation et la décontamination d’aliments
  • inhiber la germination
  • ralentir le mûrissement

Quelles conséquences pour la santé ?
En principe, l’irradiation des aliments ne les rend pas radioactifs [1] mais elle en bouleverse la structure et induit un certain nombre d’effets non négligeables pour la santé :

  • elle détruit une bonne partie des éléments nutritionnels et des vitamines (notamment B1, C, A et E)
  • les aliments irradiés paraissent sains, quand ils ne le sont pas toujours ; les bactéries indiquant le pourrissement ayant été neutralisées. L’irradiation peut être utilisée comme substitut à de bonnes pratiques sanitaires.
  • il existe des risques d’effets cancérogènes et de malformations génétiques. Une étude franco-allemande menée en 2002 sur une substance chimique (2-alkylcyclobutanone, ou 2acb) produite dans la graisse par l’irradiation a conclu que cette substance était toxique pour les bactéries et les cellules humaines et qu’elle stimulait les tumeurs cancéreuse chez le rat. (Bien que des études complémentaires aient été déclarées nécessaires, elles n’ont jamais été conduites.)
  • l’utilisation de cette technologie s’inscrit dans l’esprit d’une politique hygiéniste de la chasse absolue aux microbes, qui peut détruire l’équilibre de la flore bactérienne et fragiliser l’organisme
  • il existe des risques liés à l’utilisation de l’énergie nucléaire (pour les employés et habitants voisins des installations d’irradiation, au nombre de 6 en France) et à son transport.

La législation et les contrôles
En 1999, deux directives européennes ont été adoptées, après des pressions industrielles visant à favoriser une large autorisation de l’irradiation en Europe. Grâce à la mobilisation de parlementaires européens, la liste d’aliments autorisés à été réduite à trois types de produits (les herbes aromatiques, les épices, les condiments alimentaires) et les produits irradiés doivent être étiquetés « traité par ionisation » ou « traité par rayonnement ionisant ». Les pays ayant déjà autorisé des listes plus larges peuvent maintenir l’autorisation, ce qui est le cas dans 8 pays européens (France, Belgique, Pays-bas, Pologne, Grande-Bretagne, Tchéquie, Hongrie, Italie). Pour la France, la liste comprend en outre les produits suivants : oignon, ail, échalotte, légumes et fruits secs, flocons et germes de céréales pour produits laitiers, farine de riz, gomme arabique, volaille, cuisses de grenouilles congelées, sang séché et plasma, crevettes, ovalbumine, caséine et caséinates (additifs alimentaires).
Les doses d’irradiation autorisées varient par type d’aliment, entre 1 et 10 kGy (kilogray [2]).
L’absence de contrôles en France constitue un problème majeur : si les quantités irradiées en France sont déclarées par les installations d’irradiation à la DGCCRF [3], les quantités importées ne subissent quasiment aucun contrôle. Or, une étude réalisée en 2002 par la Commission européenne dans 4 Etats membres a révélé que 2.7% des échantillons étaient irradiés et non étiquetés (le chiffre atteignant même 29.4% pour les compléments alimentaires, alors que l’irradiation n’est pas autorisée pour ces produits fragiles).

Le contexte international
L’utilisation de l’irradiation dans l’alimentation remonte à l’après-guerre, avec notamment le lancement du programme « Atoms for peace » par Eisenhower aux Etats-Unis, pour obtenir l’adhésion du public à l’énergie nucléaire et ses différentes applications potentielles. En 1964, naissait un Comité mixte d’experts de l’AIEA [4], de la FAO [5] et de l’OMS [6] pour étudier la salubrité des aliments traités par irradiation. Un avis de ce groupe, émis en 1980 et confirmé en 1997, jugeait l’irradiation « sans danger pour le consommateur et adéquat d’un point de vue nutritionnel ». En 1983, des normes adoptées par le Codex Alimentarius [7] (référence pour l’OMC [8]) conduisent à l’autorisation de l’irradiation par de nombreux pays. En juin 2003, le Codex Alimentarius agrée l’irradiation pour tous les aliments, sans limite de dose. L’utilisation et le développement à grande échelle de l’irradiation aux Etats-Unis (plus de 20 installations) mais aussi dans des pays à fort potentiel d’exportation comme la Chine (plus de 20 installations), le Brésil, l’Afrique du Sud, l’Inde, les Philippines, etc. peuvent faire craindre aux pays européens une plainte devant l’OMC pour refus d’importation d’aliments irradiés.
En fait, l’irradiation des aliments s’inscrit dans une logique d’homogénéisation des marchandises qui permet la libre-circulation et la mise en concurrence généralisée des productions de tous les pays. Or, cette libre-concurrence mondialisée, cheval de Troie de l’OMC et de l’Union européenne, entraîne des conséquences terribles pour l’environnement, la santé publique, l’organisation et le bien-être de nos sociétés :

  1. La délocalisation des productions vers des pays à bas coûts sont une menace pour l’emploi et l’économie locale, comme nous avons chaque jour l’occasion de le constater.
  2. La concentration des entreprises renforce les multinationales, dont le pouvoir économique et politique constitue une menace réelle pour la démocratie.
  3. L’explosion des transports due à ces conditions de concurrence augmente les pollutions (air, eau, terre, bruit, odeurs, …) et contribue largement à la production excessive de gaz à effet de serre, responsable du réchauffement climatique dont nous commençons à palper très concrètement les effets.
  4. La spécialisation des productions dans l’agriculture conduit à l’extension de monocultures et de la culture intensive, qui entraînent des pertes de biodiversité (déjà mise à mal par les pollutions et le changement climatique) et compromettent encore davantage la souveraineté alimentaire des peuples de la planète.

La distribution d’aliments sains dans une économie de proximité ne nécessite pas le recours à de tels procédés.

C’est donc à la fois pour notre santé et pour le futur de nos sociétés que nous devons nous mobiliser pour obtenir l’interdiction de l’irradiation des aliments. Par exemple en participant à la campagne menée par le Collectif français contre l’irradiation des aliments.

Véronique Gallais
Action Consommation (membre du Collectif français contre l’irradiation des aliments)

 

Semaine internationale contre l’irradiation des aliments du 21 au 27 novembre 2005.
Venez vous informer et manifester avec nous dans plusieurs villes de france

Pour en savoir plus

[1] Il faut cependant remarquer que ceci n’a pas été testé.

[2] Le Gray (Gy) mesure l’énergie (en joule) reçue par l’aliment ramené à sa masse (en kg). La dose mortelle pour l’être humain est de 5 gray.

[3] Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes

[4] Agence internationale de l’énergie atomique

[5] Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture

[6] Organisation mondiale de la santé

[7] Commission créée par la FAO et l’OMS en 1963

[8] Organisation mondiale du commerce

 

Mise à jour le 19 novembre 2005

 
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