Janvier 2007 - Naturellement : Consommateur ou citoyen ?
Consommateur ou citoyen ?
La question de la consommation traverse toute la société puisque le « consommateur » en est devenu une figure centrale, à la fois par l’action des entreprises, des professionnels du marketing et des politiques, mais aussi par sa propre complicité dans la construction de la « société de consommation ».
En fait, les actes de consommation (responsables ou non) ont clairement une dimension politique, en lien avec les modes de production et de distribution, l’ensemble contribuant à structurer nos sociétés.
L’enjeu est donc de se réapproprier collectivement des parts de décision sur l’organisation de nos sociétés, en faisant le lien entre nos différents rôles (consommateur, travailleur, contribuable, électeur, etc.), en assurant la cohérence entre nos utopies et nos actes, en cherchant à comprendre le monde dans sa complexité mais aussi dans sa richesse, en élaborant des initiatives en réelle alternative à la mondialisation libérale.
Certes, les entreprises ont une capacité de récupération phénoménale dans leur conception de produits et dans leur communication. Mais elles ne pourront pas intégrer des alternatives assez radicales telles que les AMAP [1], qui remodèlent fondamentalement les relations entre producteurs et consommateurs : au-delà de la livraison du panier hebdomadaire, il s’agit justement de contourner le cloisonnement mis en place dans les relations de production et de distribution, en instaurant un lien durable entre un producteur et un collectif de familles.
En effet, un critère essentiel de la consommation responsable est le type de relation que l’on entretient : directement au PRODUIT (dans les circuits classiques, à travers les labels, marques, étiquettes, quel que soit le mode de distribution) ou à l’ensemble de la FILIERE (en recherchant une relation réelle au producteur ou au commerçant, en s’intéressant aux modes de production et de commercialisation, en veillant à l’équité et au respect de l’environnement tout au long de la filière).
Analyser sa propre consommation
De façon plus générale, il s’agit pour le consommateur de retourner l’ensemble des éléments du « marketing mix », chers aux concepteurs de produits et de communication, en en faisant une grille d’analyse de sa propre consommation : en s’interrogeant sur ses besoins réels et l’utilité de ses achats, en exigeant une « qualité globale » (qualité technique, mais aussi sociale et environnementale, sur le cycle de vie du produit et sur l’ensemble de la filière), en s’intéressant à ce qui compose le prix des produits et services,
en choisissant des lieux d’achat soucieux de leur qualité sociale et environnementale, en restant vigilant sur ses sources d’information.
Et, au-delà de ses actes d’achat, en s’intéressant aux décisions politiques, qui participent à structurer la qualité de l’offre et les infrastructures d’approvisionnement, et en interpellant les entreprises sur la qualité sociale et environnementale de leur organisation et de leurs achats.
Bref, en (re)devenant citoyen, et non plus simple consommateur !
Véronique Gallais
Présidente d’Action Consommation
Présentation
Depuis octobre 2001, ACTION CONSOMMATION rassemble des citoyens soucieux de solidarité et de respect de l’environnement ; l’association a pour but de sensibiliser les consommateurs à leur pouvoir et à leur responsabilité, dans leurs gestes d’achat ou de non-achat, dans les comportements de chacun et à travers l’interpellation des entreprises et des institutions.
Action Consommation / 21ter rue Voltaire - 75011 Paris
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[1] Association pour le maintien d’une agriculture paysanne, voir Naturellement n°90, p.24
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