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  lundi 21 mai 2012 
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> Sujet du mois > José et tous les autres
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Sujet du mois : juillet 2003

José et tous les autres

Il faut se faire une raison ; l’heure est à la répression. L’ordre néo-libéral ne souffre pas d’être attaqué dans ses fondements. Alors que les preuves s’accumulent de sa marche inexorable vers un abîme pour l’humanité, il semble décidé à réprimer durement ceux qui osent le braver par une critique de cette dérive suicidaire. La dureté de la répression s’accompagne d’une offensive médiatico-idéologique par laquelle il s’agit de présenter la contestation comme étant portée par des hommes et des femmes anachroniques. Deux types de luttes sont menées par ces contestataires : l’un concerne la défense de conquêtes sociales des générations passées, l’autre traite de la nécessité d’envisager un avenir relativement sûr pour les futures générations. Ces deux types de lutte se rejoignent à plus d’un titre. D’abord, il n’est pas rare que ces deux catégories revendicatives soient portées par les mêmes individus. Ensuite, le pouvoir qui attaque les conquêtes sociales d’hier et qui refuse de prendre en compte les dangers de demain est guidé par un seul mot d’ordre, la défense d’une minorité aux intérêts financiers considérables tant à l’intérieur des sociétés envisagées séparément les unes des autres qu’au plan des oppositions Nord-Sud. Enfin, il existe un devoir de liaison entre les générations auxquelles nous devons le monde tel qu’il est et les générations auxquelles nous allons transmettre ce monde.

José Bové représente probablement une synthèse des questions cruciales de notre temps, et notamment celle-ci : peut-on conserver l’essentiel de l’héritage social que nous ont légué nos prédécesseurs tout en trouvant les moyens d’une transformation sociale destinée à éviter que la planète soit définitivement livrée aux appétits jamais assouvis des firmes multinationales ? Beaucoup répondent, avec José Bové, par l’affirmative à cette question. Une transformation sociale radicale menace forcément la position acquise par ceux qui profitent de l’ordre établi. C’est seulement en ayant présent à l’esprit cette vérité évidente que l’on peut vraiment comprendre pourquoi José Bové et des militants de plus en plus nombreux sont durement traités par la police et la justice. José Bové n’est pas en prison pour avoir détruit des pieds de riz transgénique - que du reste les riziculteurs à qui ils étaient initialement destinés ne voulaient plus - mais beaucoup plus sûrement parce qu’il s’attaque à la nature profonde d’un système qui ne pourra survivre qu’au prix de la marchandisation de toute chose, gènes, corps et idées.

C’est réellement de la capacité des hommes à maîtriser le cours de leur vie qu’il s’agit. Par exemple, auront-ils demain la possibilité de choisir leur mode de consommation alimentaire ou celui-ci leur sera-t-il imposé par les géants de l’agro-business ? La généralisation de la production et de la consommation d’organismes génétiquement améliorés, modifiés ou manipulés (OGM) interdira à l’homme de prendre pleinement à son compte la maîtrise nécessaire de son choix alimentaire en même temps qu’elle laissera planer une menace inhérente au lancement d’inventions mal ou non testées.

Nous sommes sans doute à un tournant. Le sort de la planète et de la population qu’elle portera demain dépendent d’une remise en cause du mode de consommation - et pas seulement dans le domaine de l’alimentation - des pays du Nord et par la prise en compte sérieuse des besoins vitaux des peuples du Sud. L’évolution de la consommation sera un levier de développement économique équilibré, un moyen de pression politique pour un changement véritable au service des plus démunis et pour la préservation de la planète, un puissant facteur de transformation personnelle et collective pour le renforcement du bien-être individuel et des solidarités actives.

C’est dans ce contexte et dans cette optique qu’Action Consommation affirme sa solidarité avec la juste cause défendue par José Bové et témoigne à ce dernier son entier soutien dans les moments difficiles qu’il traverse. Ceux-ci ne doivent pas entamer la détermination de celles et ceux qui ne peuvent se résigner à l’abdication face aux forces des marchés sans contrôle qui menacent l’intégrité de l’être humain.

Yann Fiévet
Action Consommation - juillet 2003

 

Mise à jour le 22 juillet 2003

 
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