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lundi 21 mai 2012    Fermer 
 


La « Responsabilité sociale » seule affaire des entreprises ?

 

La RSE (responsabilité sociale de l’entreprise [1]) est-elle seule affaire des entreprises ou les autres acteurs économiques ont-ils un rôle à jouer ?

Je souhaiterais tout d’abord souligner l’interdépendance des acteurs économiques, en citant deux exemples :
 l’entreprise justifie son offre par la demande du consommateur tandis que le consommateur justifie ses achats par l’offre de l’entreprise (prix bas et promotions)
 l’entreprise peut se sentir prise en étau entre les consommateurs-clients (demandant des prix toujours plus bas) et des consommateurs-actionnaires (exigeant des profits toujours plus élevés).

Ces motivations interagissent, avec les effets que l’on connaît pour l’environnement et la société.

Il revient donc à chacun d’exprimer sa responsabilité, dans son rôle et dans ses attentes vis-à-vis des autres acteurs économiques.

Les citoyens, acteurs économiques à part entière, en tant que consommateurs, usagers, employés, etc. ont bien entendu un rôle important à jouer dans l’exigence et l’évaluation de la Responsabilité Sociale des Entreprises.

Nous voyons deux dimensions essentielles dans la RSE : le droit et l’éthique, qui s’expriment respectivement dans les modalités de ce qu’on appelle la « gouvernance » et la redéfinition du rôle de l’entreprise dans la société.

Gouvernance

Les entreprises, et notamment les multinationales, mettent en place de plus en plus fréquemment des mesures volontaires, comme les Chartes d’entreprise, codes éthiques et autres codes de bonne conduite, sans réels contrôles externes et indépendants. Ces tentatives d’autorégulation correspondent à une privatisation du droit et s’apparentent trop souvent dans les faits davantage à des opérations de communication sans relation avec la dimension réelle des actions engagées, généralement cloisonnées.

Quand, sur les 100 premières puissances économiques au monde, 51 sont des entreprises, devant de nombreux Etats, il apparaît tout à fait logique qu’un contrôle démocratique soit exercé à leur encontre, dans un souci de régulation collective de l’économie mondiale.

Sinon, il ne s’agit que d’abus de pouvoir au service d’intérêts particuliers d’une petite minorité à l’échelle de la planète.

Parallèlement à des mesures de contrôle des flux financiers au niveau mondial et à la réforme des Institutions Internationales instaurant démocratie et transparence, il faut mettre en place des institutions d’évaluation indépendantes chargées de contrôler les entreprises et, en tout premier lieu, les multinationales. Ces institutions auraient pour rôle de garantir un certain nombre de facteurs comme la réalité et l’authenticité des démarches et mesures engagées, une vision globale et de long terme, une prospérité partagée, le maintien de la diversité culturelle et le respect des équilibres naturels, équité, respect et considération pour le rôle et la place de chacun dans la société.

Critères de contrôle et d’évaluation

Parmi les critères essentiels d’évaluation des entreprises, on peut citer :
 le PRODUIT, avec une exigence de « qualité globale », incluant la qualité intrinsèque des produits et services, mais aussi des considérations sociales (internes et externes à l’entreprise) et environnementales, depuis les approvisionnements, la sous-traitance, les procédés de production, les produits, la programmation du cycle de vie des produits (dont on organise souvent l’obsolescence dès la conception), jusqu’à la production et le traitement des déchets (et leur réduction).
 le PRIX, le meilleur rapport qualité-prix consistant en un prix juste, équitable, pour une qualité globale et intégrant les « coûts cachés » généralement portés par le reste de la société
 la DISTRIBUTION, maillon entre le producteur et le consommateur, dans un circuit le plus court et transparent possible, évalué selon les mêmes critères que la production
 la PROMOTION, la communication consistant en une information sur les propriétés authentiques des produits et services, sans incitation outrancière à l’achat et au renouvellement inutile des biens.
 les RELATIONS HUMAINES dans l’entreprise, par la promotion de modes de management basés sur le respect et la considération réciproques à tous les niveaux
 la COMPTABILITÉ, authentique et transparente, sans évasion fiscale ni implantation fictive dans les paradis fiscaux, sans manipulation visant à maintenir à tout prix les cours en bourse de l’entreprise, et incluant une juste répartition des gains et profits entre employés et actionnaires
 le renoncement au LOBBYING auprès des institutions en vue d’obtenir des réglementations favorables aux seuls intérêts de l’entreprise - notamment financiers, au détriment des critères sociaux et environnementaux.

Il s’agit bien de repenser le marketing, la gestion et la place de l’entreprise dans la société.

Redéfinition du rôle de l’entreprise

À la base de l’action de l’entreprise et de l’évaluation par les institutions indépendantes, il faut redéfinir les finalités de l’entreprise et repositionner son rôle dans la société. Il s’agit d’élargir les objectifs au-delà de la performance économique et financière, au-delà de la recherche de profit, pour prendre en compte l’intérêt général, mettre l’entreprise au service de la communauté et y inclure la notion de bien commun.

Quand les représentants des entreprises parlent de responsabilité sociale, ils terminent bien souvent leurs phrases avec l’argument d’une rentabilité économique et financière au moins aussi élevée à moyen ou long terme - comme s’il fallait s’excuser de penser à autre chose qu’à l’argent, au profit, au pouvoir. On ne sort donc pas de la logique économiciste.

Il faut davantage d’audace.
Il est bien entendu normal et nécessaire de veiller à la bonne santé économique d’une entreprise mais ce ne doit pas être le seul critère prioritaire des dirigeants et des actionnaires. Les entreprises, et avec elles leurs dirigeants, employés et actionnaires, doivent également se sentir responsables vis-à-vis de l’ensemble de la société, et pas seulement par la contrainte légale ou pour des avantages concurrentiels.

Les entreprises ne peuvent pas continuer à rechercher les coûts les plus bas, les profits les plus élevés, profitant de l’argent public pour s’installer ou en cas de difficulté, en contournant les législations et la fiscalité autant que possible et en considérant comme des « externalités » (sortes de contraintes qu’il faut bien prendre en compte) les effets de leurs activités sur l’environnement et la condition socio-économique de ceux que le système exclut ou qui n’en profitent qu’à la marge.

Il s’agit bien d’un changement culturel nécessaire, fondé sur des valeurs de respect, partage, solidarité, etc. et une vision globale de la société, dans un monde complexe. Ce changement implique de reconsidérer les besoins et les comportements de chacun, de co-construire de nouveaux modèles de production et de consommation à la hauteur des enjeux qui se posent à l’humanité aujourd’hui, en contribuant au « bien commun mondial ».

Tous les acteurs socio-économiques, y compris les Etats et les collectivités territoriales, ont ici leur rôle à jouer. Les entreprises, par leur poids économique et les conséquences de leurs décisions, mais aussi par leurs capacités de connaissance et d’innovation, peuvent (et doivent) devenir un acteur majeur de cette évolution.

Véronique Gallais - 15.03.2003
Intervention lors du colloque « Les entreprises et l’éthique »
organisé par la Cité des Sciences et de l’Industrie,
en partenariat avec La Tribune et Transversales Science Culture

bibliographie

[1] Responsabilité sociale de l’entreprise : c’est le fait qu’une entreprise assume des responsabilités vis-à-vis de ses employés, consommateurs, investisseurs, actionnaires et de l’opinion publique en général. Ces responsabilités sont donc assurées tant à l’intérieur de l’entreprise (formation continue, dialogue social, droits des travailleurs, etc.) qu’à l’extérieur (droits humains, commerce éthique, développement durable, impacts sur la santé, l’environnement, etc.).
in : Courrier de la Planète 64 - 2001 volume IV - « Entreprises, quelle responsabilité sociale ? »


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