La santé publique au pilori ?
L’administration craint-elle la compétence et l’efficacité ? On est en droit de se poser la question vu le sort réservé au Dr Alain Braillon, médecin de santé publique au CHU d’Amiens depuis 2006 jusqu’à son éviction – de façon irrégulière, au prétexte injustifié de mesures d’économie - fin décembre 2009. Cela malgré ses excellents résultats en matière de lutte contre l’alcool, le tabac ou les dépistages intempestifs, une reconnaissance scientifique internationale, le soutien de son chef de service et l’indignation de plusieurs personnalités de la médecine publique, en France et à l’étranger.
Son principal défaut ? Déranger quelques lobbies de l’alcool, du tabac, de l’industrie pharmaceutique ou agroalimentaire, et fustiger les dérives de la gouvernance sanitaire. Tout en ne rentrant pas dans le schéma de la tarification à l’activité (T2A) introduit depuis la réforme HPST (hôpital, patients, santé et territoires) portée par Roselyne Bachelot en 2008. Impardonnable !
D’ailleurs, Alain Braillon avait déjà été évincé de la Haute Autorité de Santé (HAS) fin 2006, car jugé incontrôlable.
Cette même HAS qui a permis des années durant le remboursement du maintenant trop fameux Mediator !
Ainsi, Alain Braillon est privé des moyens d’exercer sa mission de santé publique et de poursuivre les campagnes de santé publique dans lesquelles il était impliqué, au détriment de tous les patients concernés. Tandis que son chef de service et principal soutien, Gérard Dubois, se voit poursuivi en correctionnelle par la confédération des buralistes, pour avoir dit que le tabac est un produit qui tue. Les lobbyistes appellent cela une « procédure-bâillon », destinée à imposer le silence.
Cette affaire pose clairement de nouveau la question des conflits d’intérêts dans le système de santé publique français et de la lutte contre le lobbying au bénéfice d’intérêts industriels privés, au détriment de l’intérêt général. Cette question ne pourra pas être résolue tant que nos représentants politiques ne s’empareront pas réellement de ces enjeux, avec la ferme volonté de résoudre un problème de corruption qui gangrène littéralement nos institutions, nationales et internationales. Nous en sommes malheureusement encore loin.
La France et l’Union européenne sauront-elles se donner les moyens d’assurer cette condition essentielle de la démocratie ?
Véronique Gallais
administratrice de Action Consommation, membre du Conseil scientifique de Attac France
le 17 janvier 2011 - actualisé le 23/02/2011
EN ESPANOL : ¿La sanidad pública en la picota ?
AUF DEUTSCH : Gehört die Volksgesundheit an den Schandpfahl ?
Sources
Presse française :
Plutôt guérir que prévenir, Fakir.info, 22/02/2011
Les empêcheurs de tuer en rond, une espèce menacée ?, Charlie Hebdo, 07/04/2010
Et au milieu coule la santé publique !, Le Canard enchaîné, 08/12/2010
APM Reuters, 24 décembre 2010
Public, à ta santé !, Atoute.org, 15 février 2010
Presse internationale :
Silence is not always golden, Medical Independent, 10 Feb 2011
Wistleblowing And The Abuse of Libel Law, Health Watch, Oct 2010
Doctor’s sacking is setback for French public health, supporters say, BMJ, 9 Feb 2010
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