Le Grenelle de l’emmerdement !
Le Peuple Breton - juillet août 2007
Leurre de Vérité
Ils s’y collent enfin ? Ils vont prendre à bras-le-corps la question écologique trop longtemps tenue dans l’ornière ? le nouveau monarque hexagonal et son principal lieutenant en la matière ont décidé de la tenue d’un « Grenelle de l’environnement » dès l’automne prochain. Ce Grenelle-là, dont le but subsidiaire est aussi d’effacer définitivement la mémoire du premier, devrait permettre de soulever maints problèmes posés par la profonde dégradation de l’environnement dans lequel vivent les hommes. Une première rencontre fortement médiatisée s’est rapidement tenue à l’Élysée où neuf ONG du secteur ont pu apprécier la détermination de ces deux guerriers soudainement touchés par la grâce de la vérité révélée. La planète ne peut plus attendre que l’on vienne à son secours.
Il conviendrait de prendre la chose avec le plus grand sérieux. Pourtant, on ne peut s’empêcher d’ironiser, voire de dénigrer franchement. C’est Nicolas Hulot qui, dit-on, a dressé le plan de table du premier round après avoir soufflé à Alain Juppé le nom des neuf heureux lauréats. À défaut d’être le plus offensif sur la question, l’homme aux multiples sponsors mercantiles, gagnés eux aussi récemment par le virus du « développement durable », a le grand mérite d’être identifié par l’opinion comme le sauveteur patenté sur le théâtre du naufrage écologique annoncé. Alain Juppé qui est revenu de tout, des affaires, du Québec, de la Croissance sans conscience - du moins le proclame-t-il - avait néanmoins besoin d’une caution morale de cette nature pour mener à bien l’incommensurable chantier que le Président de la République semble vouloir ouvrir.
Si le nouveau pouvoir a besoin de caution vis-à-vis d’une opinion publique susceptible de douter de sa soudaine volonté d’affronter enfin la question écologique, il entend être totalement maître du jeu. Maître du calendrier, au risque de se voir reprocher de confondre la vitesse qu’impose l’urgence du problème à traiter avec la précipitation que guident des arrière-pensées politiciennes. Maître du champ de compétence du Grenelle en excluant d’emblée le thème de l’énergie nucléaire du débat et des négociations à venir. Nicolas Sarkozy a tout de suite proclamé qu’il ne saurait être question de remettre en cause les avancées du progrès technologique. À une époque où la pensée et les pratiques sont de plus en plus soumises à l’idée que la Science et la Technique vont demain résoudre tous les problèmes des hommes, cette affirmation préliminaire et péremptoire donne singulièrement le ton des discussions qui s’engagent.
Le tandem nouvellement formé est tellement maître du jeu qu’il s’est déjà permis de renier sa parole. Il avait été promis que la France ne prendrait aucune décision touchant à l’environnement tant que le Grenelle ne se serait pas tenu. Moins d’un mois après cette aventureuse promesse Christine Lagarde, la ministre de l’Agriculture du gouvernement Fillon, votait pour la nouvelle réglementation de l’agriculture biologique lors du Conseil des ministres européens du 12 juin dernier. Ainsi, les OGM font leur entrée dans le « bio » puisque leur présence jusqu’à hauteur de 0,9% ne remettra plus en cause désormais l’appellation « bio ». En guise d’excuse, Mme Lagarde et M. Juppé ont mis en scène médiatique un désaccord supposé sur cette question. Qu’importe ! Le mal est fait et « l’agriculture raisonnée » puissamment promue et soutenue par les industriels de la chimie se voit offrir là un boulevard des plus profitable économiquement. L’écologie attendra.
Nicolas Hulot n’a rien eu à objecter à cette minable trahison. Il tient à ne pas écorner son profil de majordome des cérémonies environnementalistes conçues par ceux qui entendent bien ne pas entamer la puissance des firmes, à commencer par celles de l’agro-bio-business. Il a choisi son camp. Et cela depuis longtemps. On devine aisément ici en filigrane le discours convenu stipulant que c’est le Marché qui fournira les conditions du développement durable car celui-ci ne saurait advenir contre le Marché. Dans un tel contexte, que peut apporter de décisif le Grenelle de l’environnement ? Probablement peu de choses au regard du défi immense qui est le nôtre. Éventuellement, on ira doucement vers la mise en place d’une économie écologique quand il faudrait rapidement construire l’écologie économique. La différence ? Organiser l’économie en fonction de la priorité enfin donnée à l’écologie. Pour en arriver là il faudra poser la question de l’écologie en termes politiques c’est-à-dire en acceptant la reconnaissance des rapports sociaux dominants/dominés et leur implication décisive dans le saccage des écosystèmes. La fable du « tous dans le même bateau - ou la même galère - ramons à l’unisson » nous condamne à l’immobilisme.
MM. Sarkozy et Juppé ont été fort habiles. Leur initiative met au pied du mur les défenseurs de l’environnement à qui il est difficile de refuser l’invitation sous peine de passer pour des citoyens irresponsables aux yeux d’une opinion abondamment abreuvée d’informations peu critiques par des médias le plus souvent aux mains de groupes financiers et industriels. La place qui sera laissée aux « environnementalistes » dans les mois qui viennent pour qu’ils puissent faire entendre sérieusement leur réflexion sur la profondeur de la crise écologique et sur les solutions qu’ils lui opposent sera des plus mesurée. L’habileté du pouvoir en place est double. En choisissant dès le départ ses interlocuteurs privilégiés et en en laissant d’autres sur la touche, il fissure un peu plus le front de l’écologie. Diviser pour mieux régner, c’est vieux comme le monde. Ce Grenelle de l’environnement est bel et bien un bâton merdeux qui n’avoue pas son nom. On va tout bonnement s’y salir les mains. Espérons que l’on n’y perdra pas sa dignité. Les générations futures déjà nous regardent.
Yann Fiévet
Forum
Pour répondre à l'article cliquez ici.
Pour répondre à un des messages ci-dessous, cliquez sur le lien proposé à la fin de chaque message.
2 contributions :
- arzi77 - 24 juin 2007 - Le Grenelle de l’emmerdement
Bravo Yann !
Il est évident que cette opération "Grenelle de l’envi.." est piégée ! Les intérêts économiques tendant a susciter des besoins artificiels, (ou a créer du désir pour des objets plus ou moins superflus), ont une influence écrasante par rapport aux assos et Ongs qui cherchent a limiter les gaspillages et les sur-emballages !
Parmi les assos invitées, (par Nicolas Hulot, dit-on...), celles qui ne font pas dans la "docilité", doivent agir en songeant a leur image dans l’opinion, (surtout lorsqu’on sait a quel point elle peut être tordue par les medias !) Il leur faut donc bien choisir le moment de claquer la porte !
Le choix de la "Chaise vide" fait tres tot par le réseau "Sortir du Nucleaire", le privera de la tribune, de la chambre d’écho... qu’aurait pu être le compte rendu des débats et de ses prises de position lors de sa participation, meme éphémère, a ce futur Grenelle... Comme toujours, le choix de l’intransigeance militante... de "absence de compromission" se traduit, hélas, par l’absence d’impact sur l’opinion... Or, dans ce qui nous reste de démocratie, l’opinion publique est la seule force qui soit redoutée, tant a Paris, que Bruxelles, ou Genève ! Bien plus, en depit de ce que semblent croire plein d’assos... qu’un rassemblement réussi, (avec des milliers de militants deja convaincus...)
En face... on dispose de moyens médiatiques considérables pour vanter les avantages de la croissance et du productivisme, et occulter que "Toute médaille a son revers", ou plutôt... que les médailles a 2 faces existent surtout... dans les messages publicitaires que l’on nous assène ! A quand une "Radio Alter", des medias grand public, pour mieux faire connaitre nos positions ?
http://tinyurl.com/2xbq2y
- arzi77 - 23 juin 2007 - Le Grenelle de l’emmerdement
Bravo Yann !
Il est évident que cette opération "Grenelle de l’envi.." est piégée ! Les intérêts économiques tendant a susciter des besoins artificiels, (ou a créer du désir pour des objets plus ou moins superflus), ont une influence écrasante par rapport aux assos et Ongs qui cherchent a limiter les gaspillages et les sur-emballages !
Parmi les assos invitées, (par Nicolas Hulot, dit-on...), celles qui ne font pas dans la "docilité", doivent agir en songeant a leur image dans l’opinion, (surtout lorsqu’on sait a quel point elle peut être tordue par les medias !) Il leur faut donc bien choisir le moment de claquer la porte !
Le choix de la "Chaise vide" fait tres tot par le réseau "Sortir du Nucleaire", le privera de la tribune, de la chambre d’écho... qu’aurait pu être le compte rendu des débats et de ses prises de position lors de sa participation, meme éphémère, a ce futur Grenelle... Comme toujours, le choix de l’intransigeance militante... de "absence de compromission" se traduit, hélas, par l’absence d’impact sur l’opinion...
Or, dans ce qui nous reste de démocratie, l’opinion publique est la seule force qui soit redoutée, tant a Paris, que Bruxelles, ou Genève ! bien plus, en depit de ce que semblent croire plein d’assos... qu’un rassemblement réussi, (avec des milliers de militants deja convaincus...)
En face... on dispose de moyens médiatiques considérables pour vanter les avantages de la croissance et du productivisme, et occulter que "Toute médaille a son revers", ou plutôt... que les médailles a 2 faces existent surtout... dans les messages publicitaires que l’on nous assène ! A quand une "Radio Alter", des medias grand public, pour mieux faire connaitre nos positions ?
http://tinyurl.com/2xbq2y
Voir tous les messages