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> Échanger/participer > Tribune > Le sarkozysme, idéologie consommationniste
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Le sarkozysme, une idéologie néoconservatrice et consommationniste [1]

Une lecture éclairante : le premier numéro du bimestriel « Le Sarkophage ». Il rassemble des analyses importantes, sinon essentielles, sur la situation idéologique et politique en France.
Véronique Gallais

François Thévenet (« Je suis la vraie droite », p.7), journaliste, s’oppose à une vision qui ferait de Nicolas Sarkozy le symbole d’une « droitisation » de la vie politique ; ce dernier signifie pour lui au contraire « l’évacuation d’un grand nombre des valeurs de la droite française gaulienne et democrate-chrétienne », réduisant la droite « à la seule pensée boutiquière, qui a toujours été un de ses grands défauts ». La stratégie et l’idéologie de Nicolas Sarkozy l’ont « porté à rentrer complètement en phase avec la montée du consumérisme. Mais le sarkozysme est « aussi - et d’abord ? - un phénomène « transpolitique ». Il réunit des personnalités politiques de droite et de gauche qui rompent avec un certain nombre de valeurs politiques traditionnelles, telle la résistance à ce consumérisme outrancier ».

Paul Ariès, politologue, auteur de « Misère du sarkozysme » (Parangon, 2005) et rédacteur en chef du « Sarkophage », dans l’édito (extraits) : le sarkozysme « n’est pas seulement une « droite décomplexée », une « droite beaucoup plus à droite », mais une offre politique nouvelle en France, visant à en finir avec les idéaux et les valeurs de 1789, qui ont tant contribué à l’émancipation des plus faibles en France, mais aussi dans le monde ». Son style, « en rupture avec la tradition républicaine, réalise une synthèse entre celui des grands managers et de Berlusconi - c’est celui d’une époque vouée à la défaite de la pensée, à la démesure de l’argent-roi, aux fantasmes de dévoration du monde et des autres, au culte de l’économie dans une société où les seules valeurs qui comptent seraient celles cotées en Bourse, où le « bien commun » qu’on voudrait nous assigner serait de poursuivre « la domination des uns sur les autres et de tous sur la nature » et la satisfaction des intérêts particuliers, au détriment de l’intérêt général ».

Dans son article « La révolution conservatrice s’apprête à déferler sur la France » (p.9) : « Le sarkozysme plonge ses racines dans la toute première révolution conservatrice au XVIIIe siècle : la réaction des élites à la philosophie des Lumières et à ses implications prévisibles dans le champ social et politique. En France comme en Espagne, cette contre-révolution, qui balaie l’Europe pendant un siècle et demi, du XVIIIe siècle aux années 1860, précéda la révolution elle-même et laissa des traces indélébiles. (...)
N’oublions pas, au moment où l’on commémore l’abolition de l’esclavage, que cette contre-révolution fourbit ses premières armes à travers ce que Florence Gauthier a nommé la fonction entre la contre-révolution des princes (souvent émigrés) et celle des grands colons et des esclavagistes. Cette contre-révolution intellectuelle est donc aussi la fille de ces trafiquants d’hommes qui, contrairement à Robespierre, préféraient que meure le principe de l’égalité plutôt que leurs possessions. (...)
Le sarkozysme plonge également ses racines dans la deuxième vague de la révolution conservatrice qui frappe l’Allemagne après la Première guerre mondiale. Ce courant contre-révolutionnaire (...)constituera une nébuleuse forte de plus de 400 clubs de réflexion et sera doté de près de 500 revues. Cette primauté accordée au travail idéologique en fera des gramsciens avant l’heure : ils savent que la guerre entre les classes et les peuples se gagne avant tout dans les têtes. (...)Cette deuxième révolution conservatrice échouera avec la défaite du nazisme, mais beaucoup des ses émules continueront à travailler dans l’ombre. Carl Schmitt, principal juriste du Troisième Reich, deviendra l’une des références obligées du courant néo-conservateur américain de la fin du XXe siècle. La contre-révolution actuelle est la continuation de cette guerre des mêmes contre les mêmes. (...)la révolution conservatrice actuelle est la continuation de la révolution conservatrice allemande, laquelle prolongea la contre-révolution européenne, née en réaction à la lecture française de la philosophie des Lumières. (...)
La débâcle américaine au Vietnam, convainc de nombreux intellectuels que les Etats-Unis ne seraient plus seulement menacés par un ennemi extérieur (le communisme et les mouvements tiers-mondistes), mais aussi par un ennemi intérieur représenté par la contre-culture (libération des moeurs, féminisme, mouvement gay, mouvements sociaux, etc.). Les coupables sont bien vite identifiés : il s’agit bien sûr des philosophes des Lumières, en raison de leur relativisme. La France est ouvertement accusée, avec l’Italie, d’être le talon d’Achille de l’Occident. Au même moment, certains se préparent dans l’ombre, avec notamment les réseaux Gladio, à déstabiliser les démocraties pour y établir des dictatures. De nombreux intellectuels organisent la reconquista idéologique des Etats-Unis en luttant contre les forces subversives. (...)
On croit souvent que tout a commencé avec l’élection de Margaret Thatcher et de Ronald Reagan. Le sarkozysme a, cependant, une filiation beaucoup plus sanglante, car la révolution néo-conservatrice remportera sa première victoire politique avec le coup d’Etat de Pinochet, le 11 septembre 1973. Le Chili, avec ses 30 000 morts, sera le laboratoire économique et social, mais aussi culturel et politique, des Chicago Boys, ces jeunes diplômés de l’université de Chicago qui avaient pour leader Milton Friedman (prix Nobel d’économie en 1976 et ancien patron de la société du Mont-Pèlerin). Si les pays du Sud sont les premières victimes, cette révolution conservatrice a depuis essaimé dans de nombreux pays du Nord sous des visages très variés : blairisme, schröderisme, berlusconisme, aznarisme, etc. » (...)

« Le sarkophage,
contre tous les sarkozysmes »
bimestriel
14 juillet / 14 septembre 2007, n°1
www.lesarkophage.com

[1] Voir glossaire


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2 contributions :

  • Jacques Barnier - 7 août 2007 - Le sarkozysme, une idéologie néoconservatrice et consommationniste

    Bonjour,

    1 - Mon intention n’est absolument pas de prendre la défense du sarkozysme, mais Sarkozy a au moins le mérite de faire ce qu’il dit et la capacité de reconnaitre certaines erreurs. 2 - Le cas de Paul Aries est celui d’un personnage qui avance masqué, même si il est capable de défendre certaines idées justes ; et cela mérite d’être dénoncé. En effet, Aries a écrit un petit livre n’ayant eu heureusement aucun succès intitulé "Anthroposophie, enquête sur un pouvoir occulte". Pour écrire ce livre, il a rassemblé une certaine documentation mais a été incapable de comprendre ce qu’il a lu. Le résultat : En fonction de ses parti-pris et de ses croyances personnelles, il n’a fait que répéter de page en page affirmations fausses, citations tronquées, préjugés, amalgames, raccourcis, insinuations, interprétations subjectives ; et cela, seul avec lui-même, sans être allé consulter les personnalités, associations ou entreprises concernées par le sujet. Ce livre a été un modèle de malhonnêteté intellectuelle. Je prendrais un seul exemple concret : Le mouvement anthroposophique a été à la base de l’agriculture "bio-dynamique", la plus évoluée qualitativement et appréciée dans le monde entier ; il n’y a là aucun sectarisme. Cela n’enlève rien à l’excellent travail fait par « action conso » ; je regrette seulement qu’Aries prenne autant d’importance dans le mouvement altermondialiste.

    Meilleures salutations


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Date de publication : 31 juillet 2007

 
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