Modernisation de l’économie ?
La loi de modernisation en cours de discussion au Parlement, sous couvert d’améliorer le pouvoir d’achat, va dans le sens d’un plus grand pouvoir pour la grande distribution. Elle contribuerait à la négation de la citoyenneté et à la destruction du lien social. Il est nécessaire de réagir à ce projet de loi en demandant la mise en place de mesures propres à favoriser les solutions alternatives à la grande distribution.
Le projet de loi
Le projet de loi est présenté en cinq parties :
- Mobiliser les entrepreneurs
- Statut de l’auto-entrepreneur
- Favoriser la création et le développement des PME
- Simplifier le fonctionnement des PME
- Favoriser la reprise, la transmission, et le « rebond »
- Mobiliser la concurrence comme nouveau levier de croissance
- Dernière étape de la réforme des relations commerciales
- Création d’une autorité de concurrence
- Développer le commerce
- Mobiliser l’attractivité au service de la croissance
- Développement de l’accès au très haut débit et aux nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC)
- Mesures relatives à l’attractivité économique pour la localisation de l’activité en France
- Mesures relatives au développement de l’économie de l’immatériel
- Attirer les financements privés
- Création de la Haute autorité de la statistique
- Mobiliser les financements pour la croissance
- Modernisation du livret A
- Dispositions relatives à la gouvernance et au personnel de la Caisse des dépôts et consignations
- Moderniser la place financière française
- Dispositions diverses et finales
Un site lui est consacré pour nous persuader de son efficacité ! (www.modernisationeconomie.fr/)

Si la grande distribution a permis à ses débuts de faciliter l’accès à la consommation pour les bas revenus, elle est devenue aujourd’hui trop puissante. Elle impose la violence de ses pratiques aux producteurs, aux consommateurs et aux salariés.
Elle a pris le relais de la distribution moderne apparue avec les grands magasins pour remplacer progressivement les coopératives de consommation qui avaient joué un rôle considérable dans l’organisation alimentaire de la France durant la première guerre mondiale et jusqu’aux années 30. Elles se sont maintenues pendant les « trente glorieuses » grâce, en partie, au support des entreprises publiques et de leurs salariés (SNCF, Éducation nationale...), mais n’ont ensuite pas su résister au changement de société qu’ont constitué la désindustrialisation, les vagues successives de privatisation et l’arrivée de la grande distribution.
La grande distribution draine les achats de près de neuf familles sur dix. Elle est passée maître dans l’utilisation des stratégies pour faire consommer allant jusqu’à conduire au surendettement avec ses cartes de « fidélité » qui sont en réalité des cartes de crédit. Ces cartes permettent également de suivre nos habitudes d’achats.
Cette concentration conduit à une « industrialisation » du commerce qui permet une course à la productivité, d’où : spécialisation, travail répétitif, travail posté, emplois précaires, remplacement de personnel par des robots...
Au plan local, la grande distribution est souvent le premier employeur d’une commune d’où ont disparu les services publics. Elle contribue à la désertification rurale : commerces, services publics, écoles...
Derrière ce terme de « modernisation » se cache une politique de concentration qui conduit à la destruction de tout ce qui faisait le tissu social local, particulièrement en France où la grande distribution s’est essentiellement développée : l’équilibre des territoires, la solidarité garantie par la présence des services publics, les rapports humains permis par des échanges de proximité. Cette politique de concentration fait le lit de la grande finance transnationale au détriment du pouvoir d’achat, des conditions de travail, de la santé des citoyens transformés en sujets consommateurs.
Le pouvoir d’achat
Comment la compression des coûts sociaux accentuée par la volonté d’augmenter le temps de travail tout en faisant baisser les prix à la production pourrait-elle aboutir à une progression de la consommation et entraîner une relance de la production permettant des embauches ?
Moins de salariés, c’est moins d’impôts, moins de cotisations avec pour conséquence globale la diminution des prestations de santé et de retraite, la remise en cause des services publics (fermeture au nom de la « modernisation » d’hôpitaux, de maternités, d’écoles, de tribunaux, de bureaux de poste, de gares SNCF). Au final, c’est la porte ouverte à la privatisation de tout ce qui faisait le lien social.
Qui a encaissé les énormes gains de productivité réalisés ces trente dernières années ? Ce ne sont sûrement pas les salariés soumis aux fins de mois difficiles, à la pénibilité du travail ! Qui a bénéficié du bien-être qu’auraient dû apporter ces gains ? Ce ne sont sûrement pas les salariés soumis à la précarité, à la flexibilité, aux trajets qui n’en finissent pas !
Une véritable politique du pouvoir d’achat serait de payer des salaires suffisants pour satisfaire les besoins essentiels. C’est la logique de l’Union Européenne de concurrence entre travailleurs de pays dont les niveaux sociaux et d’infrastructure sont différents qui entraîne le dumping social, dumping confirmé régulièrement par la Cour Européenne de Justice, qui aboutit à une compression des coûts sociaux et à des solutions de compensation par des subventions diverses et variées.
L’illusion des prix bas
La France compte un hypermarché pour 46 000 habitants lorsqu’il y en a un pour 51 000 habitants en Allemagne et un pour 130 000 habitants en Italie ! (Christian Jacquiau - Marianne 28.4.2008) Une telle loi renforcerait la puissance de ces oligopoles en donnant davantage de pouvoir encore aux centrales d’achat de la grande distribution. Le hard discount va pouvoir s’implanter et s’agrandir. Là encore, fausse concurrence : les actionnaires sont souvent les mêmes que ceux des grandes surfaces. Le passage de 300 à 1.000 m2 de la limite au-dessus de laquelle il faut demander une autorisation va faciliter la présence des grands groupes au sein même des commerces de centres-villes, les fragilisant encore plus.
Il y a confusion, volontaire ou non, entre pouvoir d’achat à court terme et mise en place de circuits pérennes profitant à tous. L’inflation est inhérente au fonctionnement du capitalisme ; vouloir la comprimer artificiellement à coup de subventions et de pression sur les prix se résume à mettre un couvercle sur la marmite. Cette inflation sera plus dure lorsque le couvercle sautera.
La logique de l’Union Européenne
En ratifiant le traité de Lisbonne au mépris de la souveraineté des citoyens, les politiques, de l’UMP au PS, ont fait allégeance aux transnationales qui règnent sur l’Europe, suzeraineté qui dispose d’un « tribunal » (la Cour de Justice Européenne) pouvant justifier le dumping social en s’appuyant sur les traités.
La distribution du livret A
À la demande de la Commission européenne, au nom de l’égalité de la concurrence, la France se voit contrainte de généraliser à toutes les banques la possibilité de distribuer du livret A - jusqu’ici réservé à la Caisse d’épargne et à la Banque postale. Cette réforme risque d’amputer sérieusement les missions spécifiques d’intérêt général remplies par le livret A que sont le financement du logement social et la lutte contre l’exclusion bancaire. Les établissements de crédit pourront utiliser le livret A comme un produit d’appel avant de proposer des placements plus rémunérateurs à leurs nouveaux clients.
Le dogme de la concurrence (libre et non faussée !)
Il s’agit, comme dans bien d’autres domaines, d’appliquer à la lettre la logique de l’Union Européenne. La concurrence est portée au niveau d’une religion. Il faut y croire, la vénérer, obéir à ses commandements. Il est devenu blasphématoire de critiquer le sacro saint marché, de vouloir remettre en cause le capitalisme comme seul mode possible d’organisation de la société. Seule la concurrence par les prix est mise en avant. Rien... ni sur la qualité, ni sur les conditions sociales et environnementales de la production et de la distribution.
La grande distribution fait-elle baisser les prix ? Ou bien, grâce à des prix d’appel sur quelques articles, asphyxie-t-elle le petit commerce pour acquérir un monopole qui lui permet d’imposer ses marges ? C’est le cas, par exemple, pour l’essence ; les petits distributeurs locaux ont pratiquement disparu. Cela fait également l’affaire des compagnies pétrolières qui ont ainsi beaucoup moins de citernes à approvisionner.
La négociabilité des tarifs entre distributeurs et producteurs que prévoit le projet renforcerait la concentration au détriment du petit commerce qui n’a pas les moyens, même en se regroupant, d’obtenir les mêmes prix que la grande distribution. Cela va aussi accroître la pression sur les agriculteurs et les PME qui seront amenés à répercuter cette pression sur leurs personnels et leurs sous-traitants puis à délocaliser. Le pouvoir accru, accordé sans contrepartie, sans garde-fou, aux centrales d’achat de la grande distribution ne peut, en effet, qu’avoir un impact dévastateur sur l’amont (les agriculteurs, les PME/PMI, l’industrie agroalimentaire et leurs sous-traitants) et en cascade : sur les salariés des filières, leurs emplois et leur pouvoir d’achat.
La suppression des marges arrière peut effectivement faire baisser ponctuellement les prix de certains articles en permettant de prendre en compte le prix d’achat réel. Mais cela ne change en rien le bilan global de l’entreprise de distribution qui se rattrapera en augmentant d’autres articles. Ceci va légaliser le fait que les petits commerçants, acheteurs de faibles quantités, n’obtiendront jamais les prix des grands distributeurs et ne pourront donc pas les concurrencer.
La concurrence tue. La pression sur les salariés et les PME contribue à une augmentation des accidents du travail. Combien de marins-pêcheurs ont-ils péri parce qu’ils sont sortis en mer dans des conditions climatiques périlleuses ? La progression continue des dépressions, des suicides au travail ne devrait-elle pas nous alerter sur la nocivité de cette concurrence sans freins.
Il s’agit de maintenir des prix bas face à la concurrence mondialisée, concurrence faussée par des conditions sociales et structurelles très différentes d’un continent, d’un pays, à l’autre. Pour maintenir les taux de profit, il faut ouvrir les marchés des pays émergents aux transnationales, faire baisser le coût du travail, et donc les revenus des salariés, des artisans, des paysans, des petits commerçants, dans les pays occidentaux. La casse des services publics et des infrastructures locales obéit aux mêmes motivations : moins de services publics pour moins d’impôts sur les entreprises, plus de dépenses directes des consommateurs en remplacement des services défaillants pour drainer plus de profits vers ces mêmes entreprises. La marchandisation de tout ce qui faisait le tissu national est en marche. 10 points du revenu national sont déjà passés ces trente dernières années du revenu du travail au revenu du capital.
Concernant l’accès aux nouvelles technologies, les mesures prises montrent à quel point la privatisation des télécommunications a rendu les opérations com-plexes, inextricables. Il faut revenir à un secteur public des réseaux assurant l’égalité de traitement des usagers sur tout le territoire et permettant l’accès aux fournisseurs de contenu à l’exemple de ce qui s’était fait pour le minitel. Celui-ci, accessible rapidement à un grand nombre d’abonnés, a été un outil de relation entre les fournisseurs de service et les usagers.
Une situation d’oligopole
On a assisté à une énorme concentration : il y avait 800 enseignes dans les années 70, elles ne sont plus qu’une poignée aujourd’hui. L’engagement à rembourser si vous trouvez un prix plus bas permet d’intervenir auprès des fournisseurs pour qu’ils refusent de vendre à ceux qui baissent les prix ou d’exiger qu’ils baissent leurs prix.
En renforçant l’oligopole constitué par les six centrales d’achat de la grande distribution, le gouvernement s’apprête à accroître leur pouvoir de négociation sur l’amont (agriculteurs et industriels) ce qui ne peut se traduire que par une pression accrue sur les coûts de production, de nouveaux plans sociaux, de nouvelles délocalisations et au final : moins de pouvoir d’achat distribué, moins d’emplois et moins de croissance !
L’illusion de la création d’emplois
La concentration, véritable « industrialisation » du processus de distribution aboutit à la déqualification de la main-d’œuvre, à la dégradation des conditions de travail dans ces temples de la consommation, au travail partiel non souhaité, au dumping social répercuté sur les sous-traitants et les producteurs.
La loi de modernisation de l’économie veut faire de l’entreprenariat un mode de réinsertion sociale. Mais attention ! Il faut rappeler que beaucoup de ceux qui ont utilisé leur prime de licenciement pour créer une entreprise ont tout perdu.
Il est cependant nécessaire de simplifier la création d’entreprise. Ces simplifications, micro-imposition, exemption de TVA... devraient être limitées aux entreprises indépendantes n’employant aucun salarié avec un chiffre d’affaires limité.
Elle veut faciliter l’utilisation du local d’habitation comme local professionnel. Attention ! Cela doit être limité aux entreprises individuelles sans salarié ; sinon, c’est la porte ouverte au travail au noir, à la précarité...
Mais aussi, ces mesures participent à la casse du niveau de protection sociale : passage du seuil de dix à vingt salariés pour les obligations des entreprises, précarisation des petits boulots en transformant les salariés en entrepreneurs « libres » ; les salariés soumis aux bas salaires devront travailler plus et, « sans protection sociale », se mettre au service des entreprises.
La désertification des centres-villes
Ce qui est en cause est le choix de la société dans laquelle nous voulons vivre. L’arrivée des grandes surfaces a bouleversé les centres-villes et provoqué la fermeture de milliers de petits commerces. Entre 1966 et 1998, le nombre d’épiceries, de boucheries et de commerces de chaussures a diminué respectivement de 84 %, 71 % et 52 %.
Les entrées de ville sont défigurées par ces implantations et les grands panneaux publicitaires qui les accompagnent. Nous assistons à une politique de zonage qui défigure nos villes, les déshumanise, provoque des migrations journalières entre zones d’habitations et zones d’activités avec des trajets de plus en plus longs, des plages de travail de plus en plus larges ne respectant plus les jours de repos hebdomadaires qui permettent aux familles de se retrouver.
Les coûts de voierie supplémentaire générés par cette politique sont payés par les impôts locaux. La logique de concurrence est antinomique du maintien d’un équilibre harmonieux entre les différentes activités au niveau des villages, des bourgs, des quartiers. Cela conduit également à la disparition de relations de confiance dans la durée allant au-delà de l’acte de vente entre vendeurs et acheteurs. Il est indispensable, alors que l’on se pose la question de l’alimentation d’une population croissante, de préserver du bétonnage les terres fertiles proches des villes.
La société est transformée en une vaste fourmilière dont les individus courent en tous sens, ne sachant plus très bien à quoi sert ce qu’ils font, ne sachant pas ce qu’ils deviendront demain puisque cela dépend d’actionnaires qu’ils ne rencontreront jamais car souvent à l’étranger. Comme dans le feuilleton américain Star Gate où deux personnages s’activent sur ce qu’ils croient être un jeu à façonner deux pays, à les monter l’un contre l’autre jusqu’au jour où ils s’aperçoivent que ces pays existent vraiment et qu’ils les ont manipulés, nos financiers mondialisés jouent sur leur vaste Monopoly sans se rendre compte que derrière il y a des hommes et des femmes, des pays avec leur histoire, leurs cultures. Or, ces hommes et ces femmes ne sont pas des pions, des fourmis-soldats, des fourmis-travailleurs, des fourmis-consommateurs, mais des citoyens souverains aptes, en principe, à s’administrer eux-mêmes.
L’étranglement des producteurs
La concentration des achats de la grande distribution entre les mains de quelques centrales d’achat exerce une immense pression sur les producteurs et les transformateurs en leur sous-traitant notamment la pression sur leurs salariés (salaires, conditions de travail) et en conduisant bien souvent à des fermetures ou à des délocalisations. Ces centrales d’achat ne se gênent d’ailleurs pas pour importer au bon moment des marchandises à bas prix pour exercer cette pression. La libéralisation totale des négociations entre distributeurs surpuissants et producteurs en situation de dépendance ne peut qu’accentuer cette pression et aggraver la disparition du tissu de PME qui contribuait grandement à l’équilibre de nos régions.
Nous n’avons pas affaire à une modernisation de l’économie, mais à un retour à la jungle des siècles précédents où les grandes compagnies colonisaient et se partageaient le monde, servies par les états, qui fournissaient les armées et les administrateurs, et les églises qui façonnaient les cerveaux.
Les distributeurs vont donc pouvoir obliger leurs fournisseurs à baisser leurs prix. Quel va être le coût de cette baisse ? Qui va la payer ? Les salariés, les sous-traitants, les paysans, par une baisse de leur revenu, par une dégradation de leurs conditions de travail, par l’accroissement de la précarité... et, au bout du compte, par le chômage résultant des délocalisations que tout cela va entraîner.
Une telle loi relancerait la guerre entre enseignes nationales pour le partage des zones de chalandise. Le hard discount, jusqu’ici relativement freiné dans son développement, va pour sa part connaître des conditions beaucoup plus favorables pour s’implanter et s’agrandir. Mais outre la simple ouverture du marché de la distribution à la concurrence, c’est la réforme des règles encadrant les rapports entre fournisseurs et distributeurs, le « seul moyen » selon le gouvernement « d’aboutir vraiment à une baisse des prix alimentaires et de défendre le pouvoir d’achat sans mettre d’argent public dans l’économie » qui est le gros du dossier. Ce texte, conjugué à la loi Chatel 1, va avoir pour effet de permettre à la grande distribution d’accroître sa domination sur les fournisseurs nationaux pour faire baisser leurs tarifs. L’objectif est de faire baisser les prix en faisant pression sur les coûts de production et de distribution, d’où baisse de revenu pour les travailleurs, salariés ou petits producteurs et appauvrissement global du pays.
Il est évident que le petit commerce de proximité n’obtiendrait pas de l’industrie agroalimentaire les mêmes prix que la grande distribution et sera condamné à vendre plus cher. Les consommateurs les plus démunis, personnes âgées, précaires privés de véhicule, en seront les premières victimes. On peut même penser que l’industrie agroalimentaire compensera les baisses arrachées par la grande distribution en augmentant ses prix au petit commerce.
Les denrées vendues en magasin sous les marques des grandes enseignes ne sont jamais produites par ces distributeurs. Ces derniers se contentent de faire la loi chez des fournisseurs qui travaillent à façon, souvent pour plusieurs enseignes différentes. En produit préemballé comme en fromage, une même coopérative agricole peut fournir le même produit à Carrefour, Leclerc et Casino. Seul l’habillage du produit change. Pour vendre, l’entreprise sous-traitante doit répondre aux exigences de chaque distributeur, lequel est prompt à mettre son nez dans ses comptes, exigeant au besoin le changement de tel fournisseur d’emballages. Mais l’exigence porte aussi sur le coût des ingrédients qui entrent dans la composition de tel ou tel produit fini. Ainsi, les poêlées de légumes variés surgelés vendues sous le logo des grandes enseignes sont confectionnées à partir de légumes surgelés importés de pays à bas salaires.
La nouvelle loi fondée sur la « négociabilité des conditions générales de vente » est susceptible d’accentuer, dans un premier temps, cette tendance à la délocalisation de la fabrication des produits transformés issus de l’agriculture. Mais la tension étant déjà très forte sur les denrées alimentaires de base au niveau mondial, le retour de bâton pourrait être brutal quand la production nationale ne sera plus en mesure de répondre à la demande des consommateurs.
Ce n’est pas en augmentant la concurrence entre grandes surfaces que l’on résoudra le problème, mais, au contraire, cela conduira à une accélération de la disparition du commerce de proximité et donc à un renforcement du monopole des grands distributeurs.
Si la grande distribution adresse un satisfecit, les producteurs affichent leurs inquiétudes. Pour Jean-René Buisson, président de l’Association nationale des industries alimentaires (Ania), c’est « véritablement une aberration de dire que la LME va avoir un effet sur la baisse des prix. Aujourd’hui, si les distributeurs veulent les baisser, ils peuvent le faire sans cette loi », a-t-il dit sur France Inter. Il a par ailleurs mis en garde contre les conséquences néfastes pour les PME. « Les marges sont déjà très serrées. Une pression supplémentaire sur ces entreprises va augmenter les faillites », a-t-il estimé, chiffrant les emplois menacés à plusieurs milliers.
La négation de la protection de l’environnement et de la santé publique
Que deviennent dans cette logique la solidarité, la biodiversité, la préservation de l’environnement ?
« Faire ses achats dans un hypermarché de périphérie engendre quatre fois plus de pollution et de nuisances qu’acheter les mêmes provisions à 500 mètres de chez soi » : déplacements automobiles (jusqu’à 50 km en milieu rural), stockage de grandes quantités en réfrigérateurs, congélateurs (plus les camions frigorifiques et présentoirs réfrigérés), suremballages, production en serres chauffées d’articles hors saison, transport de longue distance ou fret aérien pour les productions de contre-saison, etc. (« L’hypermarché, le caddie et le congélateur », Philippe Bovet - Le Monde Diplomatique, mars 2001)
La grande surface en périphérie, c’est l’utilisation obligatoire de la voiture pour faire ses courses. Elle impose aux consommateurs des flots de lumière dont il serait intéressant de mesurer la consommation inutile d’énergie que cela induit.
L’expérience montre que l’implantation en centre-ville de supérettes conduit à un accroissement du stationnement sauvage. Obligation devrait être faite, soit d’accoler un espace de stationnement à toute nouvelle implantation, soit de constituer des zones de chalandise piétonnes.
Le risque zéro n’existe pas. La concentration et l’importation aggravent les conséquences des incidents qui surviennent immanquablement au détriment de la sécurité alimentaire. Ce n’est pas en nous faisant consommer des produits irradiés ou des poulets américains à l’eau de Javel, qu’on résoudra le problème. La Commission Européenne se soumet à la dictature des marchés dont l’Union Européenne se fait l’exécuteur, l’instrument. Un bon poulet rôti désinfecté à l’eau de Javel, ça vous tente ? On pensait avoir touché le fond en matière de nourriture, mais non il nous en reste encore à subir !
L’action de groupe à la trappe
On nous avait promis les actions de groupe, mais le MEDEF n’en veut pas, alors on ne les aura probablement pas. Le MEDEF argue que ce dispositif constituerait un chamboulement de quelques principes fondamentaux de notre droit alors que les dispositions actuelles sont efficaces et entraînerait un impact économique lourd (www.medef.fr/main/core.php ?pag_id=55014).
Il faut rappeler que la privatisation de services publics a livré les usagers devenus clients aux groupes privés qui savent bien qu’il y a peu de chances pour qu’ils soient poursuivis en justice, leurs victimes n’ayant pas la compétence ni les moyens de se battre pour de petites sommes.
Le gouvernement prétend reporter cette question au projet de loi prévu en septembre sur la « dépénalisation du droit des affaires (sic) ». C’est un chantage, le patronat acceptera quelques mesurettes en échange de son immunité.
Les alternatives
Nous ne sommes pas seulement des consommateurs, mais aussi des travailleurs, salariés ou non, des hommes et des femmes qui aspirent à une vie de famille, des retraités qui veulent pouvoir vivre correctement après une vie active bien remplie... des citoyens !
Rien sur les alternatives : en dehors de la grande distribution, point de salut ! Il faudrait, au contraire, favoriser le commerce de proximité, les marchés, les relations directes entre producteurs et consommateurs.
La véritable question est celle de la répartition du prix payé par l’acheteur final entre les différents acteurs et donc de la structure des circuits de production et de distribution. C’est aussi la nécessité de se libérer des marchés, de la concentration, de la spécialisation, de la standardisation, de la spéculation qu’ils génèrent. Nous n’avons pas besoin de plus de joueurs, mais de plus de transparence, de moins d’intermédiaires, de moins de transport.
Restructurer les grande surfaces
Aller vers des emplois à plein temps mixtes : caisses, approvisionnement, mise en rayons, conseil aux acheteurs, aide à l’enlèvement des produits.
On ne peut laisser les territoires des centres commerciaux à la merci de la grande distribution et des promoteurs immobiliers. On pourrait créer dans les centres commerciaux des comités d’usagers regroupant les clients, les salariés, les commerçants, les élus locaux...
La relocalisation de l’économie
Les distributeurs ne produisent rien. Les produits vendus sous leur marque viennent des producteurs qu’ils contrôlent en leur imposant leurs prix, sur qui ils font pression en important des produits à bas prix au bon moment. Et le consommateur n’a aucun moyen de savoir en lisant les étiquettes d’où viennent ces produits, où ils ont été transformés.
Il faut favoriser le commerce de proximité, les marchés, les relations directes entre producteurs et consommateurs : les coopératives, les AMAP (associations pour le maintien d’une agriculture paysanne)... ; créer des liens privilégiés entre des régions de production et des associations de commerçants de centres-villes.
Un pouvoir plus grand devrait être donné aux petites communes, déjà confrontées à la disparition des services publics, pour les aider à maintenir ou rétablir des petits commerces avec une participation des départements ou des régions. Au lieu de se poser la question du nombre d’acteurs différents présents sur un vaste territoire, ne devrait-on pas se poser la question de la distance que doit effectuer un habitant pour faire face à ses besoins quotidiens ?
Le projet de loi prévoit d’accorder aux PME un traitement préférentiel dans les marchés publics : le small business act à la française. Ces marchés publics ne seront accordés qu’à des entreprises « innovantes », aux marchés de haute technologie, de recherche et développement, d’études technologiques. Pourquoi pas aux entreprises locales de quelque nature qu’elles soient ? Cela renforcerait le rôle des collectivités territoriales en matière de soutien aux activités locales, à la lutte contre le chômage, à la réduction des transports inutiles... On est loin de compte face à l’obligation de faire des appels d’offre européens qui défavorisent les PME locales.
Les produits de saison
Consommer des fruits et légumes de saison permet - outre l’avantage de la fraîcheur pour la qualité des produits - d’éviter les productions lointaines ou délocalisées, avec leurs conséquences sanitaires (utilisation accrue de conservateurs, possibilité d’irradiation), environnementales (énergie, transport, surcroît d’emballages) et sociales (concurrence entre producteurs de la planète au détriment des économies locales).
Consommer des produits frais en prenant le temps de les cuisiner et réduire sa consommation de produits industriels dont on connaît mal la composition.
Le printemps pour un commerce équitable ici et ailleurs
Reliant producteurs du Sud et consommateurs au Nord, le champ sémantique du commerce équitable a eu tendance à se limiter à cette dimension Nord-Sud. Pourtant, il n’y a aucune raison particulière de considérer que le commerce équitable doit être compris seulement dans cette dimension.
Dans chaque région, soyons acteurs en faisant nos courses autrement, par des circuits plus directs et plus justes : boutiques indépendantes, ventes directes, coopératives de consommateurs, magasins paysans, Amap... Refusons le gavage passif de la grande distribution !
Être un citoyen avant d’être un consommateur.
Nous aspirons à une vie harmonieuse pour nous-mêmes et notre entourage, bien sûr chacune à notre manière. Mais combien cet équilibre est fragile. À la merci de catastrophes naturelles comme les cyclones de Birmanie, d’Amérique du Nord, le tremblement de terre en Chine ou les éruptions volcaniques, nous n’avons nul besoin des catastrophes générées par la folie des puissances financières comme la crise provoquée par les « subprimes » ou la spéculation sur les matières premières. Nous n’avons nul besoin de cette société de profit, de compétition, de jungle qui transforme l’humanité en fourmilière dont les individus finissent par ne plus savoir à quoi sert de courir en tous sens, à quoi, ou à qui, sert ce qu’ils produisent et finalement se font la guerre car il faut bien casser du capital pour maintenir le taux de profit.
Quelle est la responsabilité de la grande distribution où l’on ne trouve pratiquement que des produits importés dans le déficit du commerce extérieur de la France ?
Les 15 000 lobbyistes qui dictent leur copie aux fonctionnaires de Bruxelles sont payés par nos achats. Il faut libérer l’Europe de la logique marchande de l’Union Européenne.
Maurice Frankel
juin 2008
Documents
Présentation du projet de loi sur un site spécifique du gouvernement :
http://www.modernisationeconomie.fr/
Le Commerce véridique et social
Denis Bayon
Atelier de création libertaire - septembre 2002
Les coulisses de la grande distribution
Christian Jacquiau
Albin Michel - mars 2000
Commerce équitable et distribution
La grande duperie
Ouvrir les yeux, c’est urgent
La grande distribution
Hard discount : qui paie pour les prix cassés ?
Lutte contre la « flambée des prix » : des promesses qui n’engagent que ceux qui les croient
La concurrence au service des consommateurs ?
Non aux emplois discount dans la distribution
Travaillez tôt, travaillez tard, travaillez le dimanche aussi. !
Politis : Faisons éclater le statut de consommateur
Acheter autrement
AMAP : produire et consommer autrement
Pour un commerce équitable partout !
Fruits et légumes : pour un lien étroit entre producteur et consommateur
Naturellement : Consommateur ou citoyen ?
Printemps pour un commerce équitable
Biblio : Commerce et distribution
Biblio : Consommation