Préface
Consommer est en apparence l’acte le plus anodin de notre existence, depuis notre plus jeune âge. Mais c’est aussi un acte complexe par son caractère multidimensionnel, et dont les implications sont considérables.
La consommation s’inscrit en effet dans des logiques différentes et complémentaires, de nature tout à la fois économique, sociale, culturelle et environnementale. Le rôle économique de la consommation est le plus évident.
L’essentiel de l’activité des entreprises tourne autour de la production de biens et de services destinés à la consommation. L’évolution de l’emploi et des revenus en dépend directement. La consommation est également un phénomène social car son évolution reflète celle de la société. Les comportements de consommation des ménages diffèrent selon les groupes sociaux auxquels ceux-ci appartiennent. Et les inégalités sociales se reflètent directement dans l’accès à la consommation. De même, les schémas de consommation diffèrent d’un pays à l’autre parce que les références culturelles y sont différentes, même si la mondialisation tend à homogénéiser celles-ci. Quant aux dimensions environnementales de la consommation, celles-ci apparaissent de plus en plus clairement aujourd’hui.
D’un côté, en effet, la qualité de notre consommation dépend directement des relations entretenues par les producteurs avec la biosphère (pesticides, OGM, etc.). D’un autre côté, l’évolution de notre environnement est conditionnée par nos modes de consommation (déchets, pollution, etc.).
Puisque notre consommation est intimement liée aux principales dimensions de la société et de son environnement, il est clair que l’avènement d’un modèle de développement alternatif, plus solidaire et plus écologique à l’échelle de la planète, est directement lié à un changement profond de notre comportement de consommateur individuel. L’altermondialisation passe par l’alterconsommation.
C’est le grand mérite de l’association Action Consommation que d’avoir cherché à expliquer que le changement de notre consommation est une condition nécessaire et incontournable de la transformation de notre modèle actuel de développement qui conduit aux inégalités, à l’exclusion, et à la ruine de la planète. Les grands discours politiques et les analyses théoriques les plus sophistiquées ne suffisent à promouvoir une société plus équitable et plus respectueuse de la planète. Le citoyen-consommateur doit commencer par prendre ses responsabilités en modifiant son propre comportement de consommation afin de le rendre compatible avec un développement durable de la planète. Et le pouvoir du citoyen en tant que
consommateur est considérable ! Par leurs choix individuels et collectifs, les citoyens-consommateurs peuvent faire pression sur les décideurs privés et publics, pour les obliger à promouvoir des politiques plus respecteuses du bien-être économique, social et environnemental de l’humanité. Il n’est pas exagéré d’affirmer que le salut de nos sociétés et de la planète dépendent largement de l’attitude des citoyens-consommateurs.
Changer de comportement pour aller vers l’alterconsommation suppose une prise de conscience, un regard critique et une ouverture à des expériences alternatives. L’éducation à tous les âges, et en priorité des jeunes, a un rôle majeur à jouer face à ce défi. Les éducateurs ont pour fonction première de doter les élèves d’un état d’esprit critique pour en faire des citoyens responsables et donc libres. Ils ont besoin d’instruments pédagogiques clairs et adaptés à leurs objectifs. C’est exactement ce que propose ce Kit pédagogique sur la consommation à l’intention des enseignants de lycée.
Construit autour de documents pédagogiques variés, de nature théorique, méthodologique et pratique, ce Kit apparaît très complet et attrayant avec ses jeux de rôle et enquêtes. Il commence astucieusement par introduire le concept d’empreinte écologique qui permet de montrer que nos schémas de consommation ne peuvent être extrapolés à l’ensemble de la planète. Ce qui est un bon moyen de dé-construire les discours idéologiques dominants qui associent le bien-être à la croissance tous azimuts de la consommation. Un ensemble de travaux pratiques donne des éléments de sensibilisation et de réflexion essentiels, en expliquant par exemple les enjeux en termes de santé d’une alimentation bourrée de produits chimiques et souvent nocifs. Et en mettant en scène les relations entre entreprises, autorités publiques et consommateurs à propos de questions telles que le recyclage des déchets et la protection du consommateur. Sans oublier de décrire les réseaux alternatifs existants (Biocoop, Amap, etc.), montrant ainsi que la consommation responsable est à la portée de tous.
D. Plihon,
Professeur d’économie à Paris 13