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  mardi 22 mai 2012 
Rendez-vous Action Consommation prochainement à Paris

> Échanger/participer > Tribune > Publicité, droit moral et biens communs de la culture
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Publicité, droit moral et biens communs de la culture

Une campagne publicitaire qui empiète sur le droit moral et les biens communs de la culture

A l’heure où nos médias bruissent de questions de "droits d’auteurs", de lutte contre le "piratage", il me semble bien étonnant que seul le silence accompagne la violation patente du droit moral des artistes que constitue la campagne de propagande des Hypermarchés Leclerc.

Sur nos murs, dans les panneaux de quatre mètres sur trois, sont reprises et détournée des affiches de "l’Atelier Populaire" au travers desquelles le géant de la distribution engage une campagne populiste pour étendre la domination de la grande distribution sur le monde économique.

M-E Leclerc plaidait ce matin sur France-Inter pour renforcer ce secteur au nom de la "résistance" aux concentrations des industriels, oubliant au passage le rôle des hypers dans l’écrasement des paysans, des artisans, des petits industriels,... au travers des "marges arrières". Au nom du libéralisme débridé, Leclerc s’oppose au gouvernement qui a décidé, sous la pression de réglementer. Et prend les consommateurs à témoin.

Quoi de mieux dès lors que de reprendre les images du dernier grand mouvement de dénonciation de l’Etat que fut Mai 68 ?

Le problème est que Mai 68 était aussi un grand mouvement de refus de la "société de consommation". Il y a évidemment une opposition frontale entre le sens des images produites par l’Atelier Populaire et celle de la campagne Leclerc.

En droit d’auteur, on appelle cela contrefaçon et violation du "droit moral", cette partie du droit d’auteur qui vise à protéger la volonté de l’auteur pour éviter les récupérations, détournements, et usages non autorisés de son oeuvre.

Mais que font la SACEM, les Sociétés de collecte des droits, les juristes si acharnés à dénoncer les "pirates de salon" et traîner les gamins en procès pour des téléchargement sur l’Internet ? Quelle complicités ont-ils pour abandonner le "droit moral" au profit de la marchandisation de toute la culture ?

Les oeuvres de l’Atelier Populaire sont volontairement "anonymes". Artistes, simples militants, agitateurs d’idées se relayaient dans l’Ecole des Beaux-Arts de Paris pour créer ces images qui trente ans après ont un pouvoir évocatif si fort.

Même si on connaît quelques uns des animateurs de cet atelier, ses travaux appartiennent à la culture commune du mouvement de Mai et de ses suites.

Mais pas à Leclerc et ses histrions propagandistes !!!

Nous sommes devant une violation du "droit moral collectif", un statut spécifique que les peuples indigènes essaient de mettre en avant pour défendre leurs cultures et leurs connaissances, qui sont elles aussi collectives. De même que les paysans du monde qui défendent les semences fermières usent cette "propriété collective" pour refuser la "biopiraterie" (c’est-à-dire la capacité des sociétés commerciales à s’approprier les biens collectifs).

C’est aussi pour ces raisons globales qu’il est nécessaire de refuser cette manipulation marchande de l’esprit culturel et artistique des travaux de l’Atelier populaire. Il faut que Leclerc soit condamné, et que l’argent soit versé aux peuples indigènes qui luttent contre la biopiraterie. Là nous serions dans le droit fil de la générosité de l’Atelier Populaire.

Reste-il des participants de l’AP (j’étais trop jeune, mais j’aurais aimé, c’est sûr) pour mener ce combat ? Des qui ne se sont pas recyclés dans le service de l’industrie du mensonge et du formatage mental ?

Et si les associations qui héritent du mouvement, qui portent encore les espoirs de liberté que celui-ci fit souffler sur la France et le monde, pouvaient s’unir pour un tel procès contre la marchandisation de nos images collectives ?

Car s’il y a bien quelque chose qu’il faut défendre dans les changements nécessaires des droits de propriété intelectuelle, c’est bien le "droit moral" des créateurs, et la notion d’"½uvre collective", de "biens comuns de l’information".

Mais le silence assourdissant des médias sur cette violation des droits moraux collectifs des auteurs nous montre bien que ce ne sont ni les auteurs, ni la société que les causeurs veulent protéger, juste le marché, leur marché, leur supermarché, leur hypermarché.

Et l’image d’un monde-marché complètement "immoral" avec lequel ils veulent nous formater les tranches de cerveau.

Hervé Le Crosnier – 17 février 2005 herve@info.unicaen.fr

Ce texte est sous licence Creative commons, by-nc Vous pouvez l’utiliser dans l’esprit de sa rédaction :-)))


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Date de publication : 22 février 2005

 
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