Quel projet pour l’agriculture et l’alimentation en France ?
Tandis que la FAO promeut l’agriculture biologique comme une solution d’avenir écologique, créatrice d’emplois et de richesse, la ministre française de l’agriculture et de la pêche voit en l’ « agriculture raisonnée » un gage de modernisation, de croissance et d’innovation. Une vision qui pourrait bien avoir de fâcheuses conséquences pour l’agriculture biologique, si les ministres de l’Union européenne votent pour le nouveau règlement proposé par la Commission, qui autoriserait notamment les produits chimiques de synthèse et les OGM. Il est encore temps de se mobiliser !

Dans un récent rapport, « Agriculture biologique et sécurité alimentaire », la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) vante l’agriculture biologique en recommandant que les Etats l’intègrent dans leurs priorités nationales : ce "système de gestion globale de la production" exclut "l’utilisation d’engrais et de pesticides de synthèse et d’OGM, réduit au maximum la pollution de l’air, du sol et de l’eau, et optimise la santé et la productivité de communautés interdépendantes de végétaux, d’animaux et d’êtres humains". Qui plus est, selon des études récentes, l’agriculture biologique pourrait "produire assez par tête d’habitant pour nourrir la population actuelle de la planète".
Pourtant, Christine Lagarde, Ministre française de l’agriculture et de la pêche, voit l’agriculture raisonnée comme une « perspective d’avenir de l’agriculture française ancrée dans le développement durable ». Ce dont se réjouit bien évidemment l’association Farre (Forum de l’agriculture raisonnée respectueuse de l’environnement), créée et soutenue par l’industrie agrochimique et agroalimentaire multinationale pour redorer le blason de ses activités !
De quoi être inquiet à propos du vote du Conseil européen le 11 ou 12 juin 2007 sur le nouveau règlement de l’agriculture biologique. En effet, aussi saugrenu que cela puisse paraître, la Commission européenne a choisi de remettre en cause les bases mêmes de l’agriculture biologique en proposant une révision du règlement européen de la bio, qui signifierait une véritable régression par rapport au règlement actuel et un danger majeur pour la bio. Un tel vote contrecarrerait pourtant ce que le Parlement européen préconise, dans un rapport adopté à une très large majorité : un encadrement strict des productions biologiques.
Ce nouveau règlement obéit à une logique de gestion du risque sanitaire calibrée sur les conditions de production industrielle, qui prévaut de plus en plus sur la qualité nutritionnelle et sanitaire des aliments, et qui sert les intérêts des industries agrochimiques et agroalimentaires. Les constructeurs automobiles, par exemple, peuvent aussi trouver un intérêt à un « assouplissement » des normes, pour que puissent mieux se troquer, dans les grandes négociations internationales, exportations d’automobiles contre importations de produits alimentaires.
Il ne fait aujourd’hui aucun doute que le développement de l’agriculture biologique et le respect de son cahier des charges - notamment celui que s’est donné la France - sont des atouts majeurs pour la qualité nutritionnelle et sanitaire des aliments, pour l’environnement et la préservation des ressources naturelles.
Aussi, le vote de la France doit être cohérent avec le souci qu’a lui même exprimé le Président Nicolas Sarkozy pour la biodiversité, et son souhait de reconsidérer notre rapport à la nature.
Si la position du gouvernement français n’est pas celle d’un soutien ferme à un encadrement strict de l’agriculture biologique - après les décrets pris in extremis et en catimini par l’ancien gouvernement pour autoriser l’EPR et l’OGM de Monsanto MON810 - qui pourra encore croire les belles déclarations de l’ancien président de l’UMP ?
Chacun-e peut encore agir pour le maintien de la bio sans produits chimiques et sans OGM, en participant à la cyberaction, à la manifestation du 11 juin à Bruxelles, et en restant très vigilant-e, en cette période électorale, sur la position que prendra la France au Conseil européen.
Les consommateurs sont de plus en plus nombreux à consommer des produits de l’agriculture biologique, à la fois pour leur santé et pour l’environnement. Se laisseront-ils leurrer ?
Il est temps de passer du "développementalisme" agro-industriel à l’agroécologie (lire notre sujet du mois, par Jean-Pierre Berlan).
A propos des élections législatives :
Vous pouvez encore consulter les évaluations des candidats que nous avions recensées pour les élections présidentielles, notamment celles qui établissaient les positions des partis politiques.
A lire aussi : la « liste noire des députés à éviter », dans Action Nature, n°38.
Véronique Gallais
le 9 juin 2007
Lire aussi :
Grenelle de l’environnement : restons prudents et vigilants, par Véronique Gallais présidente d’Action Consommation, Stéphen Kerkhove délégué général d’Agir pour l’environnement, François Veillerette président du Mouvement pour le droit et le respect des générations futures
Nicolas et Pimprenelle de l’environnement, par Dominique Gillet, président de l’association Kokopelli