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  vendredi 12 mars 2010 
Rendez-vous Action Consommation mercredi 17 février à Paris

> Échanger/participer > Tribune > Témoignage de Brigitte 51 ans ex-gérante de supermarché
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Les entretiens réalisés par Elsa Fayner montrent le travail « dans tous ses états », en laissant s’exprimer ceux qui l’accomplissent.

Brigitte (1), 51, ans, était gérante de plusieurs supermarchés. Elle a craqué. Aujourd’hui, elle est vendeuse et thérapeute.

Témoignage recueilli par la journaliste Elsa Fayner, sur son blog : Et voilà le travail

Durant quatorze ans, j’ai été gérante de plusieurs supermarchés. Rapidement, mon rôle, ça a été de redresser des magasins en grande difficulté. Pour y parvenir, je m’appuyais sur de bonnes équipes, j’essayais de les motiver, de leur donner envie de s’investir dans leur travail, de les rendre autonomes et de les faire progresser. Il y avait donc peu de turn-over, de retards, d’absences. Mes magasins faisaient de très bons résultats.

Toujours plus

Pourtant, pour la direction, ce n’était jamais suffisant. Il fallait faire de plus en plus de chiffre. Alors même que la direction m’enlevait des postes : les départs en retraite n’étaient pas remplacés. Résultat : tout le monde se retrouvait avec du travail en plus.

De mon côté, je travaillais 80 heures par semaine, sans avoir de week-end. Je courrais tout le temps entre les commandes à passer, les plannings à valider, et le rayon dont je devais aussi m’occuper. La réunion du matin avec les chefs de rayon ne durait plus un quart d’heure mais trois minutes. Je ne prenais même plus le temps de boire un café avec les salariés, pour discuter de ce qui allait ou pas dans le magasin. J’avais l’impression que tout échange me faisait perdre du temps. Même les clients habituels, que j’aimais bien, j’avais envie de les étrangler, parce que je trouvais qu’ils me faisaient perdre du temps. Et, dès qu’un employé avait deux minutes de retard, je me mettais en colère, parce que j’avais peur de ne jamais y arriver dans les temps.

Jusqu’où accepter ?

Tant que le groupe avait traversé des difficultés financières, j’avais compris qu’il n’embauche plus personne, qu’il gèle toutes les promotions. Mais, quand il s’est remis à faire des bénéfices, c’est devenu de plus en plus insupportable pour moi. Je vivais mal de ne pas pouvoir accorder d’augmentations à des salariés qui pourtant le méritaient. Je me retrouvais coincée entre ma volonté de bien traiter le personnel et les contraintes qu’imposait la direction, qui ne me le permettait plus.

Peu à peu, d’ailleurs, je me suis sentie triste, perdant ma motivation, mon entrain. Je me réveillais six fois par nuit, je pensais à la montagne de travail qu’il fallait encore abattre les jours suivants. J’avais mal à la tête, au ventre. Mon corps s’est couvert d’eczéma.

Retrouver le goût

Je ne voulais plus continuer dans ces conditions, je ne me reconnaissais plus. Moi qui suis plutôt ouverte à la discussion, prête à aider les autres, je devenais un vrai tyran.

Alors, j’ai décidé de partir. J’ai bataillé un an pour me faire licencier, entamé une formation de psychothérapeute, et j’ai cherché un nouveau travail en attendant d’avoir assez de patients. L’ANPE m’a proposé un poste dans le commerce, puisque c’était mon secteur. Je travaille donc aujourd’hui comme vendeuse dans une Biocoop (magasin coopératif qui vend des produits bio et équitables.). Là, le but n’est pas de faire du chiffre, d’inciter à la surconsommation pour rentabiliser aux maximun le point de vente, mais de bien conseiller le clients. Beaucoup d’entre eux souffrent notamment d’allergies alimentaires, et il faut faire attention à les orienter vers les bons produits. Nous avons donc le temps de parler, parfois dix minutes, un quart d’heures. Entre collègues aussi, nous échangeons sur les produits. J’apprends beaucoup sur les bienfaits de certains légumes, des huiles essentielles… Ca me change de parler santé, bien-être, et pas seulement argent.

Bien sûr, je gagne trois fois moins qu’avant, mais j’ai revu mes valeurs, et mon niveau de vie : nous cuisinons plus, nous sortons moins, nous dépensons moins, c’est en fait plus agréable. Car ce qui compte maintenant pour moi, c’est d’être sereine, d’apprécier la vie. Le travail m’avait en fait détournée de ce qui est primordial.

(1) Le prénom a été modifié, à la demande de l’intéressée.

Participer à la campagne Copernic : Travailler tue en toute impunité : pour combien de temps encore ?


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Date de publication : 25 octobre 2009

 
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