Théâtre - Gengis, nouvel épisode : Fantaisie anti-mondialiste
Du 8 au 24 janvier à Colombes (92)
Du 8 au 24 janvier à 20h30 (relâche dimanches et lundis)
15 et 22 janvier à 14h30 et 20h30
Gengis, nouvel épisode : Fantaisie anti-mondialiste
Seconde partie de la pièce Gengis parmi les pygmées
de Gregory Motton
mise en scène Véronique Widock
Création sonore Nicolas Losson / scénographie Nieves Salzmann/ création lumière Pierre Gaillardot
costumes Didier Jacquemin
Avec Elisabetta Barucco, Olivier Comte, Geneviève de Kermabon, Michel Gravero, Jando Graziani
Le 17 janvier la représentation sera suivie d’une rencontre discussion autour des thématiques du spectacle, avec l’équipe artistique et Yann Fiévet, Président d’Action Consommation.
Ci-dessous présentation de la pièce, de l’auteur, du metteur en scène et d’extraits.
LE HUBLOT
87 rue Félix Faure
92700 Colombes
01 47 60 10 33
www.lehublot.org
Tarifs places :
10¤ / 8¤ (moins de 26 ans, intermittents, chômeurs, colombiens)
Carnet 5 places : 32¤
Soupe maison : 3¤
Accès :
en Voiture depuis Paris : Toujours tout droit depuis la porte de Champerret (D908). Après avoir traversé Neuilly, Courbevoie, en arrivant dans Colombes, après voir franchi le Pont de la Puce (voies SNCF), au feu, prenez à droite.
en train : Depuis la gare St-Lazare, trains toutes les 10mn en direction de Nanterre Université ou Maisons-Laffitte . Arrêt en gare Les Vallées (15mn). En sortant du train, empruntez le souterrain puis la passerelle. En arrivant dans la rue piétonne prenez la première à droite.
en bus : bus 164 (arrêt Félix Faure) et bus 167 (arrêt Cloarec-Piscine)
La pièce :
« Gengis parmi les pygmées »
Traduction : Nicole Brette. Texte publié aux Editions Théâtrales
Dans la première partie, Gengis s’apprête à se pendre quand il apprend que son mandat de
chef d’État est reconduit. Aidé de ses ministres « Tonton » et « Tata », il participe sans scrupule
à la dynamique du monde moderne, carbure au profit, à l’exploitation de l’homme par l’homme
et à l’industrialisation de la planète.
Ayant soudainement "eu sa dose", Gengis décide, dans la seconde partie, de se rebeller et de
convertir l’humanité à la solidarité et à la paix. Mais son engagement dans la lutte
anticapitaliste entraîne une guerre économique avec les États-Unis. Il organise une tentative
d’espionnage industriel dans une usine américaine aux Philippines. Elle échoue lorsque l’usine
est délocalisée en Chine. Gengis décide alors de rentrer. Il revient finalement en Angleterre
accompagné par Lilipuce, ouvrière minuscule dont il est tombé amoureux. Mais elle lui
demande de partir vivre avec elle en Amérique, « terre de justice et d’espoir »...
Sans langue de bois ni complaisance, Gregory Motton s’attaque avec une ironie jubilatoire à
notre société contemporaine. Un humour mordant et fantaisiste pour dénoncer la
marchandisation, la consommation frénétique, le gâchis écologique, le cynisme d’une
culture globale qui dévore toutes les autres...
L’écriture directe, ciselée en courtes séquences, nous interrogent avec humour
et intrépidité sur notre responsabilité dans ce bouleversement mondial. Un théâtre à
vif, incisif, au service du sens et du jeu,qui signe la rébellion d’un des plus grands
auteurs contemporains anglais. La compagnie Les Héliades présentera en
janvier la seconde étape de cette création amorcée la saison dernière. Vous découvrez
un épisode des aventures de Gengis. Cet épisode est une pièce à part entière. Il n’est
pas nécessaire d’avoir vu le premier volet pour suivre le parcours de Gengis au cours
de sa croisade mondiale.
L’auteur : Gregory Motton
Né à Londres en 1961 où il vit toujours, Gregory Motton a écrit une quinzaine de pièces de
théâtre jouées et publiées en Grande-Bretagne et en France.
Très tôt, il s’impose comme l’un des dramaturges anglais les plus novateurs des vingt
dernières années. On lui reconnaît une pensée forte, une écriture que l’on compare d’emblée
aux plus grands (Beckett, Pinter, Ionesco...). Il a 26 ans quand « Chicken », sa première pièce,
est créée en Angleterre. « Ambulance » et « Downfall » ont rapidement suivi au Royal Court
Theatre de Londres. En France, son théâtre sera porté pour la première fois au plateau par
Claude Régy qui monte « Chutes (Downfall) » en 1992 puis « La Terrible Voix de Satan »,
l’année suivante.
Son écriture est marquée par la réalité sociale, économique et politique de l’Angleterre. Ses
textes évoluent entre un nouveau réalisme à l’anglaise et une veine de plus en plus satirique
dont témoignent « Loué soit le progrès », « Chat et souris (moutons) » ou encore « Gengis
parmi les pygmées ».
Ses pièces sont traduites en finnois, japonais, hongrois, danois, italien, allemand, portugais,
suédois, français...
Plusieurs de ses pièces radiophoniques ont été diffusées par la BBC ainsi que sur France Culture.
Metteur en scène : Véronique Widock
Sortie du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique en 1984, elle joue sous la
direction de Daniel Mesguich, les rôles de Juliette dans « Roméo et Juliette » au
Théâtre de l’Athénée, et de la Marquise Cibbo dans « Lorenzaccio » au TGP.
Elle fonde la compagnie « Les Héliades » et crée sa première mise en scène au
TGP : « Les Rescapés » de Stig Dagerman. Parallèlement, elle continue de jouer
avec différents metteurs en scène comme Jean-Louis Martin-Barbaz, Jean-Pierre Sarrazac, Anita Pichiarini…
En 1992, elle choisit d’impliquer sa compagnie et son travail de mise en scène au service d’un
territoire et fonde « le Hublot, chantier de construction théâtrale », dans une ancienne usine de
métallurgie à Colombes. Elle crée, en lien avec les habitants : « Visions du monde » d’Eugène
Durif au théâtre de Gennevilliers, « Portraits vidéo » à la Coupole / Scène Nationale de Melun-
Sénart, et au Bateau-Feu / Scène Nationale de Dunkerque, et « Trame » de Roselyne Brunet-
Leclerc au Théâtre Paris-Villette.
Elle travaille sur des écritures contemporaines mouvementées, souvent issues d’un répertoire
étranger. Elle crée notamment « Dans le Petit Manoir » de Witkiewicz et le « Jeu de la vérité » de
Stig Dagerman au Hublot, « Le chemin du Serpent » de Torgny Lindgren à la Coupole / Scène
Nationale de Melun Sénart, « La Rose de Tatouée » de Tennessee Williams au à l’Avant-Seine /
Théâtre de Colombes et « 27 remorques pleines de Coton » de Tennessee Williams au Sudden
Théâtre.
Elle met en scène deux travaux d’écriture personnelle au Hublot : « L’Atalante Fugitive » d’après
Maiër et « Fleur de Peau » en co-écriture avec Eric Mariette.
Ses dernières créations sont : "Tuta blu" de Tommaso di Ciaula, créé en janvier et mars 2006 au
Hublot et "Barbe-Bleue, espoir des femmes" de Dea Loher, créée en mai 2007 au Théâtre de la
Tempête (Cartoucherie de Vincennes), reprise en novembre 2007 à l’Avant-Seine / Théâtre de
Colombes.
Interview de Véronique Widock
> "Gengis parmi les pygmées" aborde des sujets très précis de l’actualité économique et
politique. Pensez-vous que le théâtre ait un rôle politique à jouer ?
Bien sûr que le théâtre peut être l’un des ferments actifs de la prise de conscience
politique. En France aujourd’hui, peu d’auteurs s’engagent dans ce type
d’écriture dramatique. Notre théâtre contemporain traite volontiers de l’intime
et de faits de société mais pas du politique. Dans d’autres pays, notamment en
Angleterre, les auteurs s’emparent de la pensée politique et osent une critique aigüe.
C’est une des missions essentielles du théâtre que de traquer la vérité et d’aiguiser
la réflexion, de susciter la prise de conscience et l’engagement. Pourquoi en France le théâtre reste-t-il frileux à cet endroit ?
> Pouvez-vous nous parler du registre humoristique de cette pièce ? Peut on le qualifier d’humour anglais ?
L’humour chez Motton est très particulier.Il tient à l’extrême précision de l’écriture et
à l’acuité de la pensée qui provoque le rire.Le trait fait mouche sur une réalité que l’on
reconnaît. C’est la vertu de la comédie,satire critique de la société. En même
temps Motton pense et écrit « à l’anglaise ». Il apporte la dimension
absurde et métaphorique. Jouant sur des situations radicales, le rire naît du décalage
entre le réalisme des personnages et les situations dans lesquelles ils sont plongés.
La folie de l’humour anglais arrive. Cet assemblage bien équilibré produit un
humour à la fois réaliste, fantaisiste et décapant.
> Quelle place Gregory Motton occupet-il sur la scène dramaturgique contem-
poraine anglaise ?
Gregory Motton est l’un des plus grands auteurs contemporains anglais. Il créé très jeune et connaît rapidement un très grand succès sur les scènes anglaises et
internationales. Son écriture est reconnue comme novatrice et audacieuse, en même
temps qu’associée aux plus grands auteurs. Quand nous sommes allés le rencontrer, le choc a été assez rude. En effet, depuis une dizaine d’années ses
pièces ne sont plus jouées en Angleterre. Ses trois dernières ½uvres, autour de la
figure principale de Gengis, attaquent de manière très précise la politique en
vigueur. Aucun directeur de théâtre ne veut prendre le risque de produire ces écrits.
Gregory Motton pourtant poursuit son travail d’auteur, très
préoccupé de l’état actuel de son pays et notamment de la violence des jeunes, qu’il
impute à la montée de la pensée libérale et à l’inculture.
> Vous avez rencontré l’auteur. Quel éclairage nouveau cette rencontre a-telle
apporté sur la pièce que vous allez mettre en scène ?
Cette rencontre a été très précieuse. Gregory a beaucoup insisté sur l’enjeu
concret de chaque réplique et ses résonances politiques. J’ai pu ainsi mesurer
la précision de son écriture et aller plus loin dans l’esprit de grande ironie qui
habite la pièce.
> Pouvez-vous nous parler du travail que vous réalisez avec les comédiens et
plus spécifiquement de votre approche du jeu dramatique ?
Le travail est à la fois très difficile et passionnant avec les acteurs car il faut
atteindre un degré de grande vérité pour que le rire puisse apparaître. Il faut un jeu
à la fois très présent physiquement et distancié dans l’esprit pour faire place à
l’ironie et à l’humour. Aller à l’essentiel du caractère du personnage, tenir un axe fort
et pourtant pouvoir y faire surgir des pointes de fantaisie, voir de folie. Et
trouver entre les acteurs de grandes capacités de jeu ensemble, d’écoute et
de dynamisme, une grande vivacité del’esprit et du corps. C’est une qualité de
jeu qui apporte beaucoup de jubilation et qui peut permettre le gros plan, qui
fait aller l’½il du spectateur vers les détails, le plaisir du rapprochement. Le
plaisir des sens et de l’esprit.