Tourisme
Le tourisme alternatif
Ce terme a été utilisé à partir des années 50 pour définir un tourisme qui, au contraire des formes touristiques dominantes, cherchait à se rapprocher des réalités socio-politiques et économiques locales. En accompagnant les processus de décolonisation, il répondait à la demande d’une clientèle de militants soucieux d’instaurer de nouvelles relations avec les populations du Sud en voie d’autonomie. Utilisé abusivement par la suite pour désigner simplement de nouveaux produits spécialisés, il est tombé en désuétude depuis une dizaine d’années. Néanmoins, il aura occupé pendant plusieurs décennies la place marginale mais dynamique d’un tourisme associé aux organismes dits « d’éducation populaire ».
Le tourisme intégré
Cette expression est née dans les années 60-70 avec les expériences menées à l’initiative du Français Christian Saglio dans la région de Casamance (Sénégal). Mettant ses compétences au service des populations locales, celui-ci les a aidées à créer un dispositif d’accueil qui leur soit spécifique, c’est-à-dire conforme aux traditions locales et dont la gestion corresponde aux pratiques et aux rythmes saisonniers locaux. Les bénéfices du tourisme ainsi produits sont gérés par un système bancaire local dont profite toute la population pour son développement communautaire. Des années plus tard et lorsque le système a été entièrement « intégré », son promoteur a intégralement remis les installations aux populations locales. Par la suite, le « tourisme intégré » a servi de modèle à de nombreuses autres expériences touristiques. Cependant, les difficultés politiques rencontrées par la Casamance ont réduit son impact local.
Le tourisme solidaire
Il introduit une relation de solidarité entre le touriste consommateur et les populations d’accueil. Comme le « tourisme alternatif », il a vu le jour aux lendemains de la colonisation, par la volonté de ces groupes militants aux origines idéologiques ou religieuses diverses de mettre à profit leur pratique du tourisme pour engager de nouvelles relations avec les populations locales décolonisées ou en voie de décolonisation. Sa finalité est d’amener le touriste-client à une forme de solidarité concrète avec les populations visitées. Il peut prendre plusieurs aspects comme, par exemple, le soutien à un projet de développement, et s’inscrit dans la durée, garante de l’accomplissement et de la pérennité des actions de solidarité.
Tourisme et développement
Après avoir été pendant plusieurs décennies la panacée des relations entre le Nord et le Sud, le concept de développement suscite aujourd’hui d’âpres débats critiques, surtout depuis l’échec des projets pharaoniques (les « éléphants blancs ») financés par l’aide bilatérale ou multilatérale durant la guerre froide. Si, depuis le Sommet de Rio, on lui a accolé le qualificatif de « durable » (voir ci-après la définition du « tourisme durable »), c’est précisément pour mettre en garde la communauté internationale contre ce type de développement non maîtrisé et fauteur de désastres écologiques. De la même manière, le tourisme a subi tous les avatars de l’idéologie du développement des dernières décennies. La notion de « tourisme et développement » doit donc se comprendre dans le contexte général de l’aide au développement.
Il existe deux formes de ce type de tourisme. La première vise à susciter dans une région en difficulté une dynamique économique à partir de produits touristiques (le tourisme comme instrument « déclencheur » de développement). L’autre consiste à ajouter des activités touristiques là où des efforts de développement ont déjà été déployés dans les domaines de l’agriculture, de l’éducation, du rôle et de la valorisation des femmes, de la mise en valeur de la culture locale, etc. (le tourisme comme apport supplémentaire dans une dynamique préexistante). Cette dernière forme est évidemment plus rapide à mettre en place, mieux adaptée aux besoins locaux et rend les populations bénéficiaires moins vulnérables aux aléas et fluctuations de l’activité touristique. Enfin, autre élément en sa faveur, les organismes qui en assurent la promotion dans les pays émetteurs ne sont que les relais d’une dynamique créée par les populations locales elles-mêmes.
Le tourisme culturel
Il définit les produits dont la finalité est l’enrichissement culturel du voyageur au contact du patrimoine architectural (ou « immatériel », selon la terminologie de l’Unesco). Le tourisme culturel est en général organisé et accompagné par des personnes compétentes, voire des conférenciers de haut niveau.
Néanmoins, il n’est pas exempt d’ambiguïté lorsque les populations locales sont mises au service d’un patrimoine ancien, au mépris de leur culture présente, ce qui est généralement le cas dans les hauts lieux du patrimoine architectural, avec pour conséquence paradoxale d’entraîner une déculturation des cultures locales contemporaines.
Le tourisme durable
Bien qu’utilisé ces dernières années dans des sens divers, le terme se réfère à ce qui en matière de tourisme peut se rapporter au concept de durabilité, tel que défini, en 1992, lors du Sommet de la Terre de Rio. Le qualificatif « durable » ayant été adopté, non sans hésitation d’ailleurs, pour traduire le mot anglais « sustainable ». Cette extension du concept au tourisme a pris forme en 1995 au cours d’une réunion organisée à Lanzarote (Îles Canaries) par l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), à laquelle participaient plusieurs centaines de partenaires du tourisme et qui a donné lieu à la publication de la « Charte du tourisme durable », document de référence s’il en est (remarquons d’ailleurs que cette charte n’a connu, de la part de l’OMT, qu’une diffusion restreinte� C’est seulement grâce aux efforts des associations qu’elle pu être distribuée plus largement). Ce document, très novateur à l’époque, insiste sur le respect des populations et de leur environnement dans la « durabilité » de l’activité touristique, mais sans faire mention cependant de leur droit à la liberté d’expression et de choix.
Le tourisme équitable
L’expression de « tourisme équitable » se réfère au commerce du même nom. Né récemment de la volonté d’adopter des règles « équitables », par opposition au fonctionnement actuel du marché mondial, le commerce équitable prend en compte une juste rémunération des producteurs, exige que la traçabilité des produits soit totalement garantie, et impose un certain nombre de pratiques, comme le paiement comptant des produits afin que les producteurs puissent faire face à leurs propres échéances et investissements. Il suppose donc une organisation cohérente et une maîtrise de toute la chaîne de production.
En France, l’exemple le plus ancien et le plus connu du commerce équitable est celui que proposent les boutiques d’Artisans du monde. Leur nombre est certes bien faible par rapport à l’ensemble de la distribution, mais leur impact dans l’opinion est infiniment supérieur à leur chiffre d’affaires.
Plus récemment, des efforts ont été menés pour introduire les pratiques du commerce équitable dans les circuits commerciaux classiques et la grande distribution. Il en est ainsi du café Max Havelaar, distribué depuis quelques années dans les grandes surfaces.
Est-il possible de concevoir de la même manière un « tourisme équitable » ? C’est en Angleterre que la réflexion a été la plus poussée, à l’initiative de l’association Tourism Concern qui entend par cette notion la maîtrise de toute la filière, du producteur jusqu’au consommateur. Cette association dédie au tourisme équitable un secteur entier de ses activités et lui a consacré un certain nombre de conférences et de documents.
En France, cette perspective se heurte à des difficultés spécifiques car, contrairement aux produits de consommation courante, le produit touristique n’est pas unique, ne « se transporte pas » et ne représente souvent qu’un « accès à » (des paysages, certaines formes de loisirs ou de sports, de la culture, parfois aussi de la solidarité, etc.). Par conséquent, il n’est pas possible d’apprécier la traçabilité d’un produit touristique. Le même produit, au même tarif et pour la même destination, peut être plus ou moins équitable. De surcroît, le consommateur fait lui-même, par son comportement, partie de la consommation.
Peut-on envisager, malgré ces difficultés, de labelliser le tourisme équitable ? La démarche sera vraisemblablement difficile et conflictuelle. Ce qui n’empêche pas de lancer un défi à toute la profession pour qu’elle s’inspire de plus en plus des principes du tourisme équitable�
L’écotourisme
Comme le mot l’indique, les produits touristiques sont ici conçus avec une attention particulière à la nature. L’année 2002 a d’ailleurs été déclarée par les Nations unies « Année mondiale de l’écotourisme ». Néanmoins, la définition de ce concept étant restée relativement superficielle, l’écotourisme est devenu prétexte au développement de produits touristiques ou trop spécialisés (découverte de la faune ou de la flore au détriment d’une vision globale de l’écologie) ou simplificateurs (exploités simplement comme une nouvelle opportunité financière). C’est pourquoi un certain nombre d’organisations avaient demandé le report de « l’année mondiale de l’écotourisme », afin que soit pris le temps de la réflexion et de la concertation nécessaires à une meilleure définition de l’écotourisme et de ses éventuels dispositifs d’encadrement.
Le tourisme communautaire
Encore peu utilisé, le mot désigne les formes touristiques proposées et gérées par les populations locales elles-mêmes, formes qui s’intègrent de façon harmonieuse dans les diverses dynamiques collectives du lieu d’accueil. En respectant l’environnement naturel et social de ces communautés, le tourisme communautaire est sans doute l’héritier le plus fidèle du tourisme intégré.
Les voyages d’immersion
Il s’agit de séjours réalisés au contact direct et quotidien des populations locales. En France particulièrement, de tels voyages ont ainsi été organisés (sous le nom de « plongées ») dans les années 60-70 à Poona en Inde, à l’initiative de personnalités du Musée Guimet.
Les voyageurs sont « immergés » dans des familles des classes moyennes (l’immersion dans les milieux défavorisés pose des problèmes insolubles), habitant de préférence dans une ville suffisamment importante pour offrir une ouverture et des informations en nombre, et ayant des activités professionnelles ou bénévoles de type social (médecins, travailleurs sociaux, enseignants). Cette immersion dans les problématiques locales s’accompagne généralement d’activités culturelles (spectacles, initiation à la musique, à la danse, aux langues et à la cuisine locales, introduction aux pratiques religieuses) et, selon l’origine professionnelle des participants, d’informations spécifiques, voire de pratiques dans leur domaine de compétences. Ces voyages permettent enfin l’alternance avec un retour régulier au groupe de voyageurs pour échanger et partager les expériences.
Les voyages de solidarité
C’est une déclinaison du voyage d’immersion mais aux côtés d’une population particulièrement marquée par des événements graves (conflits, guerres). Lorsque des communautés sont ainsi victimes de troubles, c’est-à-dire souvent réduites à l’état de ghetto social et culturel, un séjour de personnes étrangères auprès d’elles peut non seulement faciliter le dialogue et l’ouverture, mais aussi avoir valeur de témoignage et déboucher sur d’éventuelles actions ultérieures. Notons que ce type de voyage ne doit pas être confondu avec les « Reality Travels » qui ne sont, pour la plupart, que des « aventures » à la recherche d’émotions fortes.
Les voyages « de retour »
Ils consistent à organiser dans le pays émetteur l’accueil des hôtes qui ont eux-mêmes accueilli des voyageurs. Malgré (ou à cause de) la bonne volonté et la générosité des accueillants, ils provoquent souvent des frustrations devant notre abondance occidentale à laquelle ces ressortissants de pays pauvres n’auront jamais accès chez eux, ce qui est particulièrement perturbant pour les adolescents et les jeunes. Il est néanmoins possible de dépasser cette difficulté en transformant de tels séjours en « voyages d’études », occasion pour les hôtes et leurs invités de mener et partager une analyse critique des relations Nord/Sud.
Les chantiers de jeunes
Proposés en général à de jeunes adultes (de plus de 18 ans), les chantiers couvrent différents types de travaux, comme la construction ou l’aménagement de bâtiments collectifs (des écoles ou des dispensaires, par exemple). Leur intérêt est d’initier des jeunes aux réalités des pays du Sud et d’offrir une mixité culturelle, tant avec la population autochtone qu’entre diverses autres nationalités. Ces séjours de travail et de rencontres exigent des organisateurs qu’ils possèdent des compétences spécifiques, notamment dans la gestion des relations interculturelles.
Les voyages d’adolescents dans des pays du Sud
Non seulement, comme les chantiers de jeunes, ils réclament des compétences spécifiques de la part des accompagnateurs, mais requièrent un encadrement plus nombreux que dans d’autres activités. Ils sont donc onéreux et peuvent par là choquer les populations d’accueil. En outre, l’adolescence étant une période plus propice aux échanges à l’intérieur d’un même groupe ou à la recherche d’indépendance qu’à la communication avec l’extérieur, ce type de voyage ne favorise pas forcément l’apprentissage de l’interculturalité. En revanche, la présence d’un nombre réduit d’enfants et/ou d’adolescents dans des groupes de voyageurs adultes est bénéfique pour tous, car les jeunes peuvent très facilement jouer le rôle de médiateurs (ou « facilitateurs » culturels) entre adultes.
Et pour les enfants des classes primaires ?
Il est un domaine encore inexploité à notre connaissance, qui consisterait à susciter dans les pays émetteurs - donc en France - des expériences de classes de découverte à la pédagogie desquelles seraient associés des représentants qualifiés de populations immigrées (pour la cuisine, la musique, la danse, le langage, les jeux, la gestuelle, etc.). Il serait donc bon d’inciter l’Éducation nationale à organiser dans notre pays (et à moindres frais que pour des voyages prématurés au-delà des mers) des expériences interculturelles de cette nature, ce qui serait d’ailleurs également gratifiant pour les enfants d’immigrés y participant. Que va chercher le voyageur à huit ou dix heures de décalage horaire, lorsque la richesse interculturelle est à sa porte ? Au fond, nos choix de touristes nous posent la question de notre relation à la culture des autres... et donc celle de notre relation à notre propre culture.
Le tourisme éthique
Ne pas saccager les lieux de villégiature, ne pas considérer les autochtones comme des animaux de zoo, respecter coutumes, religions et lieux sacrés : voici quelques-uns des principes du tourisme éthique, une sorte de tourisme ordinaire sans les abus. Le tourisme éthique se met en place grâce à l’adoption de chartes par les tour-opérateurs. Il est au tourisme équitable ce que le commerce éthique est au commerce équitable : il est moins ambitieux, mais permet d’espérer des améliorations sur une bien plus grande échelle si le consommateur-voyageur lambda est prêt à jouer le jeu. En privilégiant les offres de voyages éthiques, il poussera les tour-opérateurs à intégrer de nouvelles exigences afin de ne pas se faire doubler par la concurrence. Mais attention, de telles initiatives ne seront crédibles que si sont mis en place des contrôles indépendants, fiables et réguliers. Comme dans toutes les questions de responsabilité sociale ou environnementale des entreprises. Et on est encore loin du compte.
Le tourisme social
Le tourisme social favorise l’accès aux vacances du plus grand nombre, en particulier les familles modestes, les handicapés, les personnes âgées, esseulées, etc. Le tourisme social doit être organisé par des structures à but non lucratif et proposer des activités à caractère humaniste, pédagogique ou culturel. Autres critères : la transparence, des prix compatibles avec les objectifs sociaux visés, etc. Le tourisme social intègre de plus en plus les exigences du tourisme solidaire.
Définitions proposées par Dora Valayer et Isabelle Bourboulon, de l’association Transverses sauf « tourisme social » et « tourisme éthique », issues du dossier Politis du 16.05.2002