Transport et effet de serre : échec de la politique européenne
Philippe Muhlstein, membre du Conseil scientifique d’Attac
le 9 mars 2008
L’agence européenne de l’environnement (EEA en anglais) vient de publier un rapport qui met en évidence que l’Union européenne ne parvient pas à restreindre les émissions de gaz à effet de serre (GES) générées par le secteur des transports et qu’il s’avère donc nécessaire de procéder maintenant à des améliorations en profondeur et à la définition d’objectifs clairs.
L’AEE recommande notamment la définition de politiques ciblant non plus les seuls moyens de transport (autrement dit se focalisant sur l’amélioration des efficacités énergétique et environnementale des véhicules), mais également, en amont, tous les secteurs d’où émane la demande de transport c’est-à-dire en particulier l’industrie, les services et la planification urbaine. En effet, les différentes politiques agissant sur la technologie des véhicules ou la qualité du carburant sont plus qu’annulées par la hausse du volume global des transports, c’est-à-dire des trafics, en particulier ceux des avions et des véhicules routiers.
L’étude note que de 1995 à 2004, le trafic aérien de passagers a augmenté de 49% et celui par voitures individuelles de 18%, la part des déplacement de personnes en voiture s’étant élevée à 74% en 2004 dans l’Union européenne en 2004.
Les conséquences en termes d’émissions de GES mettent bien en évidence le fait que les transports sont totalement en dehors des objectifs, pourtant beaucoup trop modestes, de l’accord de Kyoto. Alors que, de 1990 à 2005, les émissions de GES de l’UE à 25 (les 27 moins la Roumanie et la Bulgarie, qui les ont rejoint le 1er janvier 2007) ont diminué de 7,9% grâce aux efforts effectués par les Etats vis-à-vis du changement climatique, celles du secteur des transports ont augmenté de 26% et ont représenté à elles seules 22% du total des émissions de GES en 2005. Le rapport note que : « Si les émissions des transports avaient baissé au même rythme que dans les autres secteurs de la société, l’UE aurait réduit ses émissions de GES totales de 14% au lieu des 7,9% obtenus ».
La « feuille de route de Bali », qui fixe le cadre de négociations sur le futur accord post-Kyoto (après 2012) préconise qu’au minimum les pays développés réduisent leurs émissions de -10 à -30%, voire plus probablement de -25 à -40% d’ici 2020 par rapport à 1990. L’étude de l’EEA note que pour y parvenir, il faudrait limiter la variation des émissions dues au transport entre +4% au maximum et -2% (valeur souhaitable) au lieu des +15% prévus au rythme actuel, toujours pour l’horizon 2020 et moyennant les politiques de réduction en cours.
Tout ceci ne constitue certes pas une nouveauté pour les militants d’Attac (voir entre autres le 4-pages d’Attac paru dernièrement : « Transport, énergie, effet de serre : l’impasse néolibérale », en ligne sur le site de l’association). Plus intéressant est le fait qu’une institution de l’UE puisse laisser entendre qu’il faudra inévitablement procéder à une véritable décroissance des transports pour parvenir à stabiliser à terme le changement climatique. Bien sûr, on ne va pas encore jusqu’à admettre que ceci est subordonné à un changement radical d’organisation sociale et économique, notamment en retirant des mains des propriétaires du capital les leviers des politiques européennes des transports, conclusion que nous sommes de plus en plus nombreux à tirer.
Le rapport de l’EEA évoqué, « Climate for a transport change », est accessible (en anglais seulement) grâce au lien suivant :
http://reports.eea.europa.eu/eea_report_2008_1/en
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