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samedi 18 mai 2013    Fermer 
 


Les coopératives de la vie, un mouvement de consommateurs au Japon

 

Je reviens d’un court séjour au Japon, où j’ai pu rencontrer à Yokohama des membres d’un réseau national de coopératives de consommation qui s’appelle Seikatsu, cela veut dire « coopératives de la vie ». Le nom est significatif. Ces femmes se sont organisées depuis trente ans en réponse à un mode de développement industriel. Elles rappellent que le Japon a connu une croissance économique rapide après la deuxième guerre mondiale, basée sur la production et la consommation de masse, et donc le développement d’un mode de vie dispendieux en ressources naturelles et générateur de déchets. La préoccupation principale de ces femmes était la valeur des produits de l’agriculture industrielle utilisant des intrants chimiques, des couleurs et des préservateurs artificiels. La quantité et la valeur esthétique des produits s’étaient accrues, mais pas leur qualité intrinsèque. Ces clubs de consommation commencèrent donc à la fin des années 60 à établir des relations directes avec des producteurs pour obtenir des produits de qualité : lait, puis autres produits : fruits, légumes, écoproduits, etc. Aujourd’hui, il y a 22 « coopératives de la vie » au Japon, avec 250 000 membres. Ces coopératives ont fini par créer leur propre entreprise de produits laitiers, ainsi qu’une boulangerie, une coopérative d’habitat, un club d’investissement éthique et une maison de retraite.

Les rapports avec les producteurs sont des rapports contractuels d’égal à égal. Les coopératives calculent les coûts de production avec les producteurs, et établissent le prix final en fonction des autres coûts (transport, etc.). Ainsi, le prix au producteur est plus élevé que le prix du marché. Cependant, en évitant certains intermédiaires classiques de la distribution, le prix final est souvent plus économique que celui du marché, preuve que la consommation citoyenne n’est pas nécessairement plus chère que la consommation de masse. Certains membres de la coopérative travaillent bénévolement à la distribution des produits, mais le transport est géré par un collectif de travailleurs rémunérés. Le contrôle de la qualité des produits est faite par les membres de la coopérative eux-mêmes, selon ses propres normes.

Chaque club n’achète pas plus de 30 % de sa production à un producteur particulier pour éviter une nouvelle forme de dépendance, et pour donner une chance aux producteurs d’étendre les modes de production sains au marché conventionnel. L’échange d’informations avec les producteurs est permanent. Des réunions ont lieu, par exemple sur la question des OGMs. Bien que le Japon ne produise pas d’OGM, des importations ont lieu des États-Unis, notamment de soja, et sur les produits transformés leur étiquetage n’est pas clairement obligatoire. La motivation principale de ces associées est la sécurité alimentaire de leur famille et de leur environnement, social et naturel. Dans leurs rapports avec les autres pays, elles refusent l’exploitation et font appel aux filières et aux organisations de commerce équitable existantes pour les bananes, le café et le thé. Il paraît que le café de Timor Oriental est l’un des meilleurs au monde.

Les clubs de la vie ne se sont pas arrêtés là, et se sont rendu compte qu’il leur était nécessaire d’investir la politique locale pour atteindre leurs objectifs. Ils ont donc créé le mouvement - réseau Kanagawa, dont le but est d’atteindre une plus grande participation citoyenne dans la vie politique, notamment des femmes, notoirement absentes de la vie politique japonaise. Les principes de ce mouvement sont la participation, la décentralisation, l’autonomie et représentation directe des citoyens et citoyennes.

Ce mouvement a effectué une enquête sur l’Utilisation du Temps en 2001, mesurant ce que les hommes et les femmes font durant leur journée, et fournit des données pour évaluer leur travail non payé ainsi que leur travail payé, comme base pour formuler des politiques dans différents domaines, comme le soin aux enfants et l’attention aux aînés. Je peux fournir une photocopie des résultats de cette enquête (quatre pages) aux personnes intéressées.

Pierre Johnson
Coordinateur du chantier commerce équitable
Alliance pour un monde responsable, pluriel et solidaire
31 octobre 2003
pwj@alliance21.org


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