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mardi 7 septembre 2010 |
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Grenelle de l’environnement : quelle place pour l’économie solidaire et la démocratie ?Grenelle de l’environnement : quelle place pour l’économie solidaire et la démocratie ? par Geneviève Azam, membre du Conseil Scientifique d’Attac L’association Attac n’a pas participé en tant que telle aux discussions du Grenelle de l’environnement. Mais plusieurs de ses fondateurs, venant du mouvement écologiste ou du mouvement syndical, ont participé aux différents groupes de travail. L’association a donc suivi le déroulé de ces travaux, d’autant plus qu’ils venaient après la tenue d’un séminaire en mars 2007, « les mouvements sociaux confrontés à la crise écologique ». Cette réunion avait rassemblé plus de 300 personnes et était co-organisée avec AITEC, Alternatives Economiques, Amis de la Terre, CCFD, CFDT-FGTE, CGT, Confédération Paysanne, CRID, FNE, FSU, Global Chance, Greenpeace-France, Politis, 4D, Solidaires. Ce séminaire avait pour objectif la confrontation entre des mouvements orientés vers la réduction des inégalités sociales, des inégalités Nord-Sud, des inégalités entre hommes et femmes d’une part et d’autre part la crise écologique qui est une crise globale et une menace pour l’ensemble du genre humain. Comment « croiser » et faire converger les campagnes contre un développement prédateur et polluant, portés par des mouvements à finalité sociale, les mouvements paysans et les mouvements à finalité plus directement environnementale ? La crise écologique représente un moment historique capital pour l’avenir des sociétés : « C’est pour affronter ce moment singulier qu’il nous faut élargir notre culture politique à de nouveaux outils conceptuels et de nouveaux indicateurs, devenir familiers avec de nouveaux types de dossiers et encore élaborer un nouvel imaginaire ». Cette conclusion du séminaire, formulée par Jean Chesneaux, résume la tâche à laquelle nous sommes confrontés et à laquelle Attac peut apporter une contribution, comme mouvement d’éducation populaire. Cela signifie approfondir et enrichir la réflexion sur les effets d’un capitalisme néolibéral, à la fois et indissociablement prédateur de la nature et des humains. Nous avons à faire apparaître comment la globalisation financière accélère aussi la crise écologique. C’est notre apport spécifique dans la construction des convergences entre mouvements sociaux et mouvements écologistes. La privatisation des biens communs (eau, vivant), la poursuite de l’expropriation de la terre de millions de paysans, posent en même temps et de manière inséparable, la question sociale et la question écologique. Le cœur même de la nature, sa capacité à se reproduire entre dans le champ de l’accumulation capitaliste et la détention des brevets est un atout essentiel de développement du patrimoine financier des investisseurs. La globalisation financière conduit à la déterritorialisation des activités, à la négation du territoire comme construit politique, social et culturel et comme environnement naturel. Elle favorise les délocalisations, l’allongement des circuits de production et de consommation et le dumping social et écologique, elle engage la déconstruction systématique des services publics qui pourtant irriguent le territoire et évitent la polarisation des activités, avec d’une part des zones désertifiées et d’autre part des agglomérations excluantes et polluantes. Elle favorise la spéculation immobilière qui majore la crise du logement, la destruction de l’espace urbain et la crise financière. De même, la priorité accordée à la finance est à l’origine du développement sans précédent des paradis fiscaux qui hébergent des flottes sous pavillon de complaisance échappant à toute réglementation. Enfin, la domination de la finance globale donne pour seul horizon indépassable la valeur pour l’actionnaire. Ces quelques exemples montrent comment l’ouverture inconditionnelle des marchés, la libéralisation financière, la tentative de marchandisation de l’ensemble des ressources et des activités humaines, engagent un même mouvement de prédation de la nature et des humains. Voilà pourquoi ce Grenelle de l’environnement ne pourra représenter l’émergence d’une nouvelle culture politique que si le travail en commun mené par des mouvements sociaux et environnementaux se poursuit, empêchant à la fois l’instrumentalisation de la question environnementale contre les revendications sociales et l’illusion d’un capitalisme « vert » qui pourrait perpétuer l’espoir d’une augmentation infinie des richesses comme solution à la crise sociale. C’est également ce que nous avons voulu exprimer en participant aux Grenelle alternatifs et citoyens. Les limites à la croissance infinie des richesses supposent des choix démocratiques, seuls remparts contre des formes autoritaires et inégalitaires de gestion et de répartition des ressources. Ces choix démocratiques concernent aussi l’entreprise, et l’économie sociale et solidaire, qui ne fut pas partie prenante du Grenelle de l’environnement, peut constituer un levier important. La territorialisation des activités ou la re-territorialisation a été formulée dès les premiers travaux d’économie solidaire comme objectif central, soit de manière explicite, soit implicitement derrière l’expression d’une économie dont le but est de tisser ou re-tisser du lien social là où il se trouve défait. Le mouvement actuel de déterritorialisation des activités, la dilution du territoire comme entité politique et sa négation comme réalité naturelle de l’espace, donnent une responsabilité particulière à l’économie sociale et solidaire, qui doit penser et donner concrètement du sens à une économie conçue également comme “écologie sociale et solidaire”. La déterritorialisation des activités tend à faire du local une simple subdivision de l’ordre global, une déclinaison de cet ordre et à faire entrer dans l’économie monétaire et marchande les aspects non-économiques du territoire. Si la pluralité est la condition de l’action humaine, le local conçu comme déclinaison du global supprime la pluralité. La délocalisation des activités illustre ce processus de déterritorialisation. Les chaînes productives démesurément distendues d’une extrémité à l’autre de la planète, l’augmentation des échanges croisés de produits similaires, notamment dans des grandes zones régionales comme l’UE, l’exigence de sur mobilité des personnes, illustrent la nécessité de mettre en débat le principe même de l’extraversion à longue distance et de dissolution du territoire. L’économie sociale et solidaire est un des outils de re-territorialisation des activités humaines qui est une réponse urgente à l’augmentation continue des nuisances environnementales et de la consommation d’énergies non renouvelables et en voie d’épuisement. Elle signifie la réduction des circuits de production et de distribution, la promotion des circuits courts et la remise en cause de l’idéal productiviste. Des expériences de relocalisation de l’économie et de sa démocratisation ont vu le jour depuis une trentaine d’années, aussi bien dans les pays du Nord que dans les pays du Sud. Même minoritaires, ces expériences de base ouvrent des perspectives et doivent permettre de discuter non seulement des liens entre économie et société, dans la tradition de l’économie sociale et solidaire, mais également entre économie, société et écologie car il n’y a pas de société humaine envisageable en dehors des écosystèmes. Octobre 2007
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