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janvier 2011 - Pâturage et Racolage... le « marketing rural »

Pâturage et Racolage... le « marketing rural »

Par France Bonillo
Action Consommation Pays Basque
Ortzadar - Alternative Pays Basque
n° 142 – janvier / février 2011

Cet automne, une conférence de presse commune de l’association des producteurs fermiers du Pays Basque, de BLE (producteurs bios), d’EL (conf.paysanne), d’Euskal Herriko Laborantxa Ganbara et d’Action Conso Pays Basque a conté « l’histoire du coucou agro-industriel qui veut habiter le nid des fermiers engagés dans des démarches collectives de qualité ». Plus concrètement, la rogne partait de l’information faite autour de l’installation de distributeurs automatiques de lait provenant de la ferme Sanzberro à Ustaritz. Que cette ferme ait choisi des pratiques industrielles telles que l’élevage hors-sol n’était pas remis en question, il s’agissait plutôt de dénoncer « l’usurpation d’une identité fermière »qui ne correspond pas à la réalité. Plus largement, il a été aussi évoqué la publicité de Labeyrie (=Lur Berri, cf.lutte anti-OGM locale) qui ose parler de foie gras « équitable et responsable » des petits producteurs du Sud-Ouest. Petits producteurs sous le régime de l’intégration, forme actuelle du métayage, sans aucune initiative sur leur façon de travailler, qu’on leur impose industrielle et hyper productiviste, sans droits mais non sans dettes auprès de cette même coopérative. Ils s’en tirent tout juste à condition de travailler comme des serfs et de garder la santé... Ici et ailleurs aussi, Candia qui « dit oui aux petits producteurs », etc., etc...

La revendication commune est de relancer le décret encadrant l’appellation fermière, décret mort-né en 2005, suite au lobbying efficace des Labels rouges, FNSEA, affineurs de fromage et faux fermiers de l’APCA/Bienvenue à la ferme.

Le cas d’école : au pays de Heidi.

Le lieu : le parking du supermarché Leclerc d’Anglet. Pendant la grève du lait, déjà, nous avions pris l’habitude de venir avec notre bouteille vide chercher le lait auprès des petits producteurs indépendants. Mais là, à condition d’avoir des ½illères et des boules Quies, nous nous retrouvons en face de la petite maison dans la prairie : un petit chalet suisse, sur sa moquette verte, abrite un distributeur de lait. Photo géante d’une vache au milieu de prairies fleuries. Il n’est pas dit que la photo est celle de l’exploitation, il n’est pas dit non plus que ce n’est pas celle de l’exploitation… Il est affiché que le lait est « certifié naturel et de qualité », mais ces termes n’engagent à rien, et pas de mention d’organisme certificateur. En haut, un erratum vient d’être apposé pour signaler que le lait n’est pas bio comme annoncé dans la presse. Il paraît que les machines, c’est ludique... on met la pièce (ou la nano-clé ), on ouvre un portillon, on pose la bouteille qui peut être achetée sur place, on tire la bobinette... et l’on peut même entendre le mugissement de la vache pendant que le lait coule.

J’ai eu beau lire dans le journal que « le lait arrivait en direct du pis », ce beuglement n’arrive pas à me persuader que la vache est à l’intérieur de la machine, peut-être avec un accessoire de plus, genre robinet mamelliforme...

L’origine : la ferme susnommée aux pratiques productivistes, et cette vente dite directe, économique et écologique propose un lait plus cher que celui vendu à l’intérieur, en provenance, lui, d’une petite exploitation de proximité engagée, elle, dans une démarche de qualité certifiée et contrôlée.

L’hébergeur : le supermarché Leclerc d’Anglet, dont le directeur n’a pas joué la carte de la transparence. Parlant du produit et de sa présentation, il les a comparés aux photos des étiquettes de shampooing : « on vend du rêve » et la réponse à ma question plus précise sur la nature du contrat entre lui et le producteur fut :« on fait ce qu’on veut chez nous ». Et, pour conclusion, de proférer des menaces à peine voilées envers les petits producteurs locaux qui n’ont pas su se montrer reconnaissants en alertant l’opinion.

La distribution automatique comme alternative crédible à la crise ?

L’implantation de ces distributeurs est en augmentation rapide ; ils peuvent s’adapter à toutes sortes de produits autres que le lait. Les producteurs en attendent surtout une meilleure rétribution de leur travail. Mais, foin de vente directe, ces machines ne remplaceront jamais le contact réel avec le producteur. Et puis, il y a des entreprises derrière ces robots... Laissons-les parler, elles s’adressent aux producteurs en qualité de spécialistes du marketing rural : l’intérêt du consommateur leur est acquis, les Français sont indignés par l’injustice faite aux producteurs et veulent défendre leur agriculture Française (ne pas oublier les majuscules) ; ce contexte posé, il suffit ensuite de booster la clientèle. La machine achetée (environ 50.000 euros) ou louée, le producteur peut accéder à diverses prestations : financement, partenariat avec grandes surfaces, stratégies de marketing pour appâter et fidéliser la clientèle (ventes de packs avec logos, affiches, sites Web...), décorations pour les maisonnettes : les enfants adorent ! Quant aux grandes surfaces, elles peuvent se redorer le blason en parrainant ce genre d’initiative dite écologique. On est loin des principes de la vente directe et de la transparence. On a peur que les petits producteurs ne s’y fourvoient.

Alors, nous autres consommateurs, ne nous laissons pas berner, soyons conscients d’être la cible de stratégies de marketing qui, entre autres forfaitures, récupèrent notre demande de circuits courts d’approvisionnement et de produits sains. Allons chercher une information honnête et documentée auprès des professionnels et associations de professionnels compétents, engagés dans des démarches de qualité avec, à la clé, charte, cahier des charges, certification et contrôle.

France Bonillo
Action Consommation Pays basque
www.actionconsommation.org


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