mars 2010 - La Souveraineté alimentaire
par France Bonillo
Action Consommation Pays Basque
Ortzadar - Alternative Pays Basque
n° 137 - mars / avril 2010
La souveraineté alimentaire est un concept élaboré par Via Campesina, la plus grande organisation paysanne mondiale, et présenté au sommet mondial de l’alimentation organisé à Rome par la FAO (organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture).
Urgence : on crève de faim !
La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme a beau poser en principe une évidence : « tout homme a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer son alimentation et sa santé », la faim humaine est un problème actuel, crucial et inquiétant. Après avoir stagné, puis régressé, elle augmente et fait sa réapparition dans les pays riches. Les causes sont multiples : sécheresses, pillage des ressources, conflits et déplacements de population, spéculation, chômage, etc… et souvent du fait de l’homme et non de la fatalité.
Du marché au Marché
L’OMC impose son modèle de régulation au niveau mondial mais les droits de l’homme à s’alimenter sont absents du commerce international. L’agriculture y perd son noble rôle de culture vivrière pour devenir un bien de production parmi tant d’autres, avec le même objectif : produire toujours plus et toujours moins cher pour le plus grand profit de quelques puissants.
Il autorise les subventions à la production et à l’exportation, ce qui permet aux pays riches d’écouler leurs excédents, voire leurs résidus, à des prix inférieurs à leurs prix de revient, vers les pays pauvres
( pratique du « dumping »), créant ainsi une concurrence déloyale, mettant en péril l’agriculture locale et les cultures traditionnelles, changeant les habitudes de consommation. En exemple, le lait en poudre, les brisures de riz du Japon partant au Sénégal ou, plus honteux encore, nos croupions de poulet envoyés à prix cassés en Afrique (chez nous, on préfère les blancs !).
Quant au FAO, il a du mal à s’oblitérer du système libéral. Aucun chef d’état n’était présent à son dernier sommet en novembre dernier à Rome (hormis ce pauvre Berlusconi qui en a raté une convoc’ chez le juge), sommet qui a vu l’élection à la présidence de son conseil d’un pur et dur de notre FNSEA. Notre président, quant à lui, clame et réclame un rapport d’expertise…alors que le dernier rapport officiel, rendu en 2008, fruit de plus de 3 ans du travail de 400 experts reconnus, ratifié par une écrasante majorité d’états et prônant une agriculture paysanne et écologique est parti aux oubliettes.
Via Campesina ou « la voie des paysans » : la souveraineté alimentaire
En rupture avec ce modèle, la Via Campesina revendique le droit des états et populations à mettre en place des politiques agricoles adaptées à leur population, sans incidence négative sur les autres pays. En choisissant le terme de souveraineté, elle se situe dans le champ du politique, la souveraineté fait autorité et s’oppose à la dépendance. Quant à garantir le droit de chacun à une alimentation saine et suffisante, c’est tout simplement fondamental, c’est aussi une condition pour la paix et la démocratie.
Le travail est sur plusieurs fronts : la protection des marchés intérieurs, la garantie de prix agricoles rémunérateurs, la discrimination faite aux femmes, la protection des ressources (gestion des forêts, de l’eau) de la biodiversité et de l’environnement, l’accès à la terre, la formation, la protection des semences, la reconnaissance des savoirs ancestraux et locaux. En Irak, berceau du blé, les paysans conservaient et amélioraient leurs semences depuis des millénaires… et puis vint la reconstruction, avec Monsanto dans ses bagages.
Via Campesina continue son chemin et nous ouvre la voie. Elle intègre dans ses axes de travail de nouvelles données comme réchauffement climatique et agrocarburants ; elle fait des alliances avec environnementalistes et consommateurs, organise ses contre-sommets et résiste aux dictats.
Localement, Laborantxa Ganbara se réclama de la souveraineté alimentaire et son activité en témoigne. Le pouvoir et ses valets continuent, eux, à s’acharner sur les insoumis à la politique de terre brûlée du libéralisme.
La souveraineté alimentaire, dans ses dimensions planétaires et locales, sera le thème de la Marche Mondiale des Femmes lors de son passage en Pays Basque (mars-avril) ainsi que du Marché Equitable de Bayonne à la maison des associations le 15 mai (film+conférence).
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